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La Destinée trompée.

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La Destinée trompée. Empty La Destinée trompée.

Message  Alys Bel-Gram Mer 14 Avr - 5:08

Fan Fiction basée sur l'Assassin Royal, série romanesque de Robin Hobb.

Titre de la FF : La Destinée trompée.
Genre : Fantasy - Aventure
Situation : En cours
Nombre de chapitres terminés : Un.
Écrite et imaginé par moi Smile

Introduction
Spoiler:

Castelcerf

Lorsque je me réveillai, je crus d’abord que je rêvais, puis me rappelai mon brutal accident. Alors c’était à ça que ça ressemblait, le paradis? Jamais je n’aurais crus que c’était aussi beau. Ma vie passée me semblait s’effacer, et pourtant j’en gardais un net souvenir. C’était comme si seules les images et les mots m’étaient restés en tête, car lorsque je pensais à ceux que j’avais connus, aucun sentiment de culpabilité ou de tristesse ne trahissait mon bien-être. Je crois que c’est ce qui me poussa alors à ouvrir les yeux sur ce qui m’entourait. Certes, je savais que je me trouvais étendue dans une prairie entourée d’arbres et dont l’herbe dégageait une odeur de pureté, mais je n’avais songé à cet univers que d’un œil émerveillé. J’avais déjà sentis les odeurs enivrantes d’une terre campagnarde, là où la pollution se fait moins oppressante, mais jamais je n’avais sentit d’odeurs si pures. Évidemment, j’aurais dus me douter que le paradis n’était pas pollué par les voitures, les avions et les produits chimiques. Je souris à cette pensée paisible alors qu’une autre, plus inquiétante, surgissait de mon esprit ; qu’allais-je faire? Y avait-il âme qui vive dans les alentours? Aurais-je besoin de nourriture et d’eau, de sommeil et d’un réseau social, pour survivre? Si je respirais, est-ce que ça voulait dire que le paradis était une planète et que ses habitants avaient autant besoin d’oxygène que sur la terre? Ces pensées me firent prendre conscience que mon ventre criait effectivement famine et que j’avais la gorge aussi sèche que si je n’avais pas bu depuis de nombreux jours.
Lorsque je m’assis, je me rendis pourtant compte que tous mes membres étaient engourdis et il me fallut un moment pour parvenir à enfin me mettre debout. Un peu d’exercice ne me ferait donc pas de tort. J’entrepris alors de m’enfoncer dans la forêt pour tenter de me rapprocher d’un lieu civiliser où je pourrais poser des questions et recevoir, je l’espérais, des réponses constructives. Je ne fis pas trois pas que je m’empêtrai dans mes vêtements et tombai à la renverse. Le cœur battant sous l’effet de la surprise, j’entrepris de lancer un long chapelet de jurons contre ma… Ma robe? J’écarquillai les yeux, des plus stupéfaites de me voir ainsi accoutré. Je me relevai et m’examinai d’un œil à la fois critique et émerveillé. Je portais une robe simple, blanche et brodée de quelques fantaisies aux couleurs dorées qui donnaient à mon accoutrement l’illusion d’être ornée de fils d’or. La robe était trop grande, à première vue, mais je remarquai aussitôt que deux sortes de bracelets de perles blanches étaient attachées à la robe au niveau de mes poignets, et j’entrepris de les passer autour de ceux-ci en comprenant aussitôt qu’ils servaient justement à ce que la robe ne traîne pas au sol. Étrange vêtement, me dis-je aussitôt. Prise d’une soudaine envie de me prendre pour une princesse, je tournai sur moi-même pour faire voleter ma robe et fut prise d’un fou rire lorsque je me rendis compte de la futilité de mon geste. M’interrompant en reprenant mon sérieux, je continuai ma ballade et arrivai enfin à la lisière de la forêt, dans laquelle je pénétrai sans mal puisqu’un chemin – bien qu’un peu étroit -, semblait avoir été conçu non pas grâce à des quatre-roues ou des motos tout terrains, mais par des chevaux et des charrettes. C’était du moins ce qu’il me semblait au vu des traces de sabots et de roues qui apparaissaient, bien que probablement vieilles puisqu’elles commençaient à s’effacer. Je me félicitai mentalement de cette remarque et continuai me chemin en admirant tout autour de moi, car tout en valait la peine. Les oiseaux se faisaient nombreux, et les animaux semblaient beaucoup moins méfiants que j’y étais habitué, aussi m’arrêtai souvent pour les observer alors qu’eux-mêmes me regardaient d’un œil curieux et à la fois méfiant, sans toutefois s’arrêter de faire ce qu’ils faisaient. Il y avait là des cerfs, des lapins, des renards, des chevreuils et plusieurs autres animaux que je ne reconnus que vaguement. J’étais surprise de voir autant de vie dans la forêt, et me sentis comme dans un zoo. La diversité des animaux était effarante lorsqu’on la comparait à celle que l’on connaissait. Ma robe continuait de me gêner, mais je tentais de ne pas y faire attention car ça ne ferait que me donner une raison de me plaindre alors que tout me semblait trop beau pour m’en donner l’occasion. Je pense que ça devait faire environ trois heures que je marchais lorsque le soleil déclina et que la noirceur se fit plus dense. Comme l’idée que j’étais morte et que j’étais au paradis m’empêchait d’éprouver la moindre peur, je décidai d’utiliser mes ressources d’ancienne scout pour me faire un abri. La chance semblait me sourire car, alors que je commençais à ressentir les impacts d’une journée sans manger, un porc-épic sortit de derrière un buisson. Comme je l’avais appris, je lui lançai une pierre sur le nez et il s’effondra, raide mort. Tout me paraissait tellement simple, bien que je fus habitué au confort d’un lit confortable et d’un repas que je n’avais normalement pas à décortiqué et à faire cuire sur un feu improvisé! Justement, après que je me fus piqué de nombreuses fois en tentant d’enlever les épines du porc-épic et que j’eus séparé sa chair de ses os et organes, ce qui fut rapide puisqu’il n’avait quasiment que de la chair, je me promenai non loin de mon camp et ramassai du bois, après quoi j’utilisai la bonne vieille méthode du bout d’écorce contre une brindille de bois et de l’herbe sèche pour me faire un feu. Je fis cuir les morceaux de chair que j’avais prit sur le porc-épic et me sentit aussitôt mieux. Je me rendis à un ruisseau que j’avais aperçu un peu plus tôt et, sans aucune gourde pour me servir de contenant, j’entrepris de faire confiance aux animaux qui s’y abreuvaient plus tôt et en mit mes mains en coupe pour me servir. Quelle était fraîche et savoureuse! J’allais me plaire dans ce nouvel endroit, apparemment. L’épuisement me gagna rapidement et, après que je m’eus aspergé le visage pour me débarrasser de ma sueur collante, j’allai retrouvée mon abris et adressa un clin d’œil au beau temps qui me choyait.

Évidemment, dormir à la belle étoile entraîne souvent des courbatures, et ce fut avec soulagement que je quittai mon abris de fortune pour me remettre en route en me maudissant de m’être engouffré dans le sommeil avant d’avoir enlevé les pierres et racines gênantes qui avaient rendu mon sommeil inconfortable. Pourtant, c’est le sourire aux lèvres que je quittai mon camp de fortune et m’aventurai à nouveau dans la forêt, qui me semblait plus dense qu’aux premiers regards que je lui avais lancés. Le temps s’était encore réchauffé et l’air était humide, annonçant une prochaine averse et peut-être même un orage. Je me pris à prier El et Eda pour que le ciel ne se couvre pas avant qu’elle n’ait quitté la forêt et trouvé au moins un semblant de village. Cette prière accordé à des dieux fictifs me fit tressaillir, puis je finis par éclater de rire en me disant que ce devait être le souvenir de cette série de romans que j’avais lus et adoré qui me revenait en tête.

Je ne me serais jamais attendu à ce que la forêt serait si dense. Je sais, je me répète, mais elle n’en finissait plus! Je dus m’arrêter plusieurs fois, pour ramasser des fruits sauvages ou pour m’abreuver, car j’avais remarqué que l’eau d’ici me revigorait beaucoup plus qu’il n’en était lorsque j’étais vivante. La journée touchait quasiment à sa fin lorsque le ciel s’obscurcit, puis que je trouvai enfin un village – ou plutôt une ville entière. C’était une grande ville exactement comme celles que l’ont voyait dans les films médiévaux, avec des tavernes, des commerces, des habitations, des auberges et même un château. Je tentai de calmer mon excitation à me retrouver dans un tel univers, mais la tentation fut trop grande et je me permis de m’aventurer dans la ville. Le seul point de repère que je me trouvai pour ne pas me perdre, fut le château qui s’élevait bien plus haut que n’importe quel autre bâtiment. Bien qu’il ne soit pas aussi somptueux que dans les films, il trouvait ses forces d’attraction dans son architecture qui donnait une impression de sécurité et semblait protéger ses habitants par la simple solidité de son bâtiment. Lorsque j’aperçus les premiers humains qui m’avaient été donné de voir jusqu’à présent, il me sembla que ceux-ci avaient une particularité commune qui était rare chez moi. Tous ceux que je vis avaient les cheveux noirs et les yeux pâles, et rares étaient les personnes dont la taille dépassait celle d’un adolescent moyen de mon univers. Je me fis donc fierté d’être plus petite que la moyenne, car au moins ici je ne ressemblerai pas à une bête de foire. « Excusez-moi, belle demoiselle, mais n’auriez-vous pas égarée votre chemin? » C’était un homme au visage balafré et aux petits yeux nerveux qui m’avait adressé la parole, et quelque chose me souffla que je ne devais pas tarder dans ce coin. Je me risquai pourtant à lui adresser la parole, car je me sentais effectivement perdu et comme je ne connaissais pas l’endroit, je ne voulais pas me risquer à me perdre là où il ne le faudrait pas. J’étais rassuré qu’il parlât la même langue que moi, bien qu’il eût un certain accent qui me rappelait celui d’un français trop bien prononcé dans la bouche d’un sourd. Ce devait être dû à la malformation de ses dents, mais il y avait tout de même quelque chose de différent de ce que je connaissais, dans ses paroles. Je me risquai à paraître réellement perdu dans l’espoir qu’il me révélerait au moins le nom de la ville et où je pourrais restée en attendant je ne sais quoi. « En effet, monsieur. Je ne viens pas d’ici et les alentours ne me sont pas familiers. » Je m’étais exclamé d’une voix que je ne me connaissais pas, et la richesse peu commune de mon vocabulaire me laissa mal à l’aise. J’avais l’impression d’être l’héroïne d’un roman qui parle trop bien pour son âge. « …Castelcelf! » Ce nom me tira de mes pensées avec la force d’un coup de poing au visage. Ce nom, trop souvent lus dans mon roman favori, celui dont j’avais fais la réflexion plus tôt, me glaça le sang. L’homme parut inquiet de mon état lorsqu’il me découvrit le visage pâlissant à vue d’œil et les yeux écarquillés comme si je venais de voir un monstre. « Mademoiselle? Allez-vous bien? » Il voulut me toucher, je ne sais pour quel motif exactement, mais je me reculai précipitamment. Comme si je l’avais giflé de mon regard outré, il fit une révérence plaintive tout en reculant avec humilité. Je restai un instant stupéfaite de son attitude puis le regardai s’en aller à toute vitesse, comme effrayé. Tout en tentant de reprendre mes esprits, je me demandai si je n’avais pas été victime de ma trop grande imagination lorsque j’avais entendu ce nom fictif, puis secouai la tête comme pour me débarrasser de cette stupide incompréhension de ce qui se passait exactement. Je me rendis alors compte de certains détails qui ne m’avaient pas touchés plus tôt ; non seulement je n’avais été surprise de rien jusqu’à l’instant, mais je n’avais même pas tenté de chercher à savoir où je me trouvais exactement. J’avais beau avoir demandé à cet étrange homme de m’aider à me situer, je ne l’avais fais que par curiosité, non par besoin de me repérer. Je fus prise de vertiges en me rendant compte de la situation dans laquelle je me trouvais, car non seulement je ne savais pas où je me trouvais, mais il s’était mis à pleuvoir et je n’avais nulle part où aller. Je crus alors que ma chance ne me sourirait plus, car tout le monde devait se trouver à l’abri près de leur foyer ou assis autour d’une bonne chope de bière. Je passais dans une rue lorsqu’une vieille femme m’intercepta et m’offrit un manteau en faisant la révérence, puis pointa du doigt l’homme de plus tôt, qui se tenait dans un coin et me faisait lui aussi une révérence. Je crois que ma surprise l’irrita un peu car elle me tendit une fois de plus le manteau, plus impatiemment cette fois. Comme je la remerciais de sa gentillesse, elle s’en retourna en grommelant. Je n’y comprenais rien, mais je n’avais pas le temps de m’arrêter à ce détail. Comme je ne tenais pas à mourir de froid sur place – expression qui me fit rire vu ma situation -, j’enfilai le manteau et me mis à parcourir les rues à la recherches de passants retardataires ou de travailleurs qui ne craignaient pas la pluie. Je commençais tout juste à désespérer lorsqu’une petite fille s’arrêta devant moi et me sourit. « Bonjour mademoiselle! Vous voulez que je lise dans vos mains? Mon papa me l’a apprit, car il est un graand sorcier! » Elle me tendait à présent sa main, s’attendant à ce que je lui tende la mienne. J’étais cependant trop ahuri que cette gamine d’environ sept ans s’adresse à moi comme si de rien n’était alors que le temps n’était pas à la bonne humeur et que le froid mordant ferait frissonner n’importe quel enfant. Elle sembla prendre mon froncement de sourcil pour du scepticisme et se rembrunit en affichant une moue boudeuse. « Personne ne m’en croit capable! Et pourtant je ne demande pas de sous! C’est tout gratuit, mademoiselle! »
« Ne devrais-tu pas être à la maison, au chaud, plutôt que sous la pluie à me parler? » Demandai-je en feignant de ne pas avoir entendu ce qu’elle avait dit. La gamine portait sa longue chevelure de jais attachée à l’aide de ce qui me sembla être une simple cordelette, mais ceux-ci étaient trop épais pour la petite cordelette qui allait probablement lâchée d’ici peu. Prise d’une envie soudaine de me montrer gentille et, alors qu’elle se dandinait sur place, probablement à la recherche d’une bonne excuse à me fournir, j’enlevai mon manteau et défit l’un de mes bracelets de robe en le lui tendant. « Tiens, petite. Ta cordelette ne semble pas très solide, prend plutôt ça pour retenir tes cheveux. » Pour accompagner mon présent, je lui fis un sourire amical et attendit de percevoir chez elle un peu d’appréciation. Je ne m’attendais tout bonnement pas à ce qu’elle écarquille les yeux et mette une main devant sa bouche, comme stupéfaite. Elle secoua sa main : « Je suis désolé de mon impertinence, ma dame! J’ai été sotte de vous croire une simple paysanne! » Elle eut un hoquet et serra sa main contre sa bouche comme si elle venait de dire une bêtise. Je trouvais sa réaction exagéré, et surtout je ne voyais pas de quoi elle parlait en me désignant comme plus qu’une simple personne. « Écoute, petite, je ne sais pas pour qui tu me prends, mais je ne suis pas celle que tu crois. Je suis réellement une… Et bien une paysanne, alors accepte mon cadeau et n’en parlons plus. » Elle me scruta d’un nouvel œil, méfiant peut-être cette fois, car elle recula d’un pas et me dévisagea de la tête aux pieds. « Vous avez l’apparence d’une noble duchesse, vous portez des vêtements nimbés d’or et de perles, vous avez des cheveux bruns et ondulés, vous avez les yeux verts… Votre apparence est très étrange, vous venez de loin et vous parlez différemment des nôtres. Qui êtes-vous? » Elle s’adressait à moi comme une adulte à un enfant, et je fus surprise qu’elle inverse ainsi les rôles. Cette situation me déplaisait, car non seulement je ne pouvais lui fournir d’excuse quant à mes habits qui m’étonnaient moi-même, mais je ne pouvais pas non plus lui dire d’où je venais ni qui j’étais sans déclencher un scepticisme que je ne recherchais pas. « Tu es bien curieuse pour ton âge. » Ce fut tout ce que je trouvai à dire, et ma voix devait clairement trahir mon manque d’imagination quant à ce que je pourrais lui dire. « C’est parce que je me trouve devant une femme qui se dit n’être qu’une simple paysanne mais qui porte des vêtements dignes de rois et qui ne souhaite pas que je lui lise l’avenir gratuitement, qui plus est. » J’acquiesçai et sourit tendrement. À l’évidence, cette petite était perspicace et j’éprouvai une nouvelle curiosité quant à ses capacités de voyante, car à l’évidence elle avait un don d’analyse très poussé pour son âge. « Dit-moi ton nom, et je te dirai le mien. » répondis-je simplement en remettant mon manteau sur mes épaules. « Moi c’est Jinna. » Ce nom me rappela vaguement quelque chose, mais je chassai cette pensée de ma tête et répondis instinctivement : « Et moi c’est Alesia. Maintenant, accepte ceci et rentre. Il fait froid et tu risque de tomber malade. » J’avais choisi ce nom sans y avoir pensé auparavant, sans même savoir d’où me venait un nom aussi original. Comme je tendais à nouveau ma main ouverte sur le bracelet de perle, elle redevint la gamine de plus tôt et hésita en se dandinant une fois de plus de jambes en jambes. « Quelque chose ne va pas, Jinna? » Elle baissa la tête, comme honteuse de quelque chose qui m’échappait totalement et devait avoir un rapport avec ce qu’elle faisait dehors. « Tu t’es enfuis? » Demandai-je instinctivement, et la gamine me regarda avec stupeur. J’avais vu juste. « Ne le dites pas à mes parents, je vous en supplie! Mon père est très sévère avec moi, parce qu’il veut faire de moi son apprentie, et je ne supporte pas qu’il soit aussi strict! Je n’ai jamais l’occasion de sortir voir mes amis, et même que je ne sors quasiment jamais! » Elle braillait son malheur avec tant de force que sa voix se brisa sur la dernière ligne et elle s’étouffa, la gorge irrité. Elle avait très probablement attrapé froid, et c’était ce qui expliquait son extinction de voix. « Je ne dirai rien, à condition que tu m’aide. C’est d’accord? » Toute peine disparut sur son visage et, après une quinte de toux enfantine, elle me sourit et dit : « Je suis à votre service, ma dame! Venez, je vais vous montrer où je vis! »

Jinna s’était trouvé une petite maisonnette abandonnée à l’extérieur de la ville, au bord de la forêt. Je me demandai pourquoi personne n’habitait cette chaumière, puis en découvrit la cause. Un ravin avait été creusé non loin de là et la puanteur qui s’en échappait était digne des plus grandes décharges que j’avais connues. Je posai ma main devant mon nez et les yeux me piquèrent tant l’odeur était forte. Jinna devait s’en être accommodée car elle ne semblait pas affligé par la puanteur, et je me demandai depuis combien de temps elle y vivait pour être parvenu à supporter l’odeur. Je me promis de lui poser la question plus tard. À l’intérieur de la chaumière, l’odeur s’en trouvait allégé par des herbes et des bougies qui sentaient la lavande, le romarin et le gingembre. Cet étrange mélange d’odeurs n’en était pourtant pas étouffant, il était même accueillant. Jinna me fit asseoir devant le foyer, dans un fauteuil robuste, et alluma le feu qui prit bientôt vie dans les restants de bois qui pouvaient encore servir jusqu’à ce qu’elle rajoute des planches. La gamine semblait se débrouiller très bien pour son âge, et j’en fus rassuré car il me peinait de la voir dans une telle situation. Lorsqu’elle eut fait chauffer de l’eau puis laissé infuser des herbes dans des verres en terre cuite, elle nous les apporta et s’installa au sol en poussant un gémissement d’inconfort. Lorsque je lui proposai de s’asseoir dans le fauteuil, elle répliqua qu’il était beaucoup moins confortable que le sol, selon elle, et j’en vins à croire qu’elle avait peut-être raison. Lorsque je pris une première gorgée de l’infusion, je manquai de me brûler la langue mais me forçai à avaler la boisson, qui laissa en moi une sensation de chaleur bienvenue. Jinna s’occupait fort bien de sa demeure et me laissa croire qu’elle était peut-être plus âgée et plus mûre que je ne le pensais. Aussi, je lui demandai qu’elle âge elle avait. « J’ai treize ans, ma dame. » Je m’étais attendu à ce qu’elle me dise qu’elle avait huit, neuf ou dix ans, mais treize! C’était impensable, car sa voix, sa carrure et ses paroles étaient celle d’une gamine beaucoup plus jeune! Et dire qu’elle n’avait que quatre ans de différence avec moi! Elle éclata de rire et je compris qu’elle causait le même effet à plusieurs personnes. « Je sais que je ne fais pas mon âge, ma dame. En fait, c’est de famille. Chez les sorciers des Haies, le développement physique se fait moins rapidement que chez les personnes normales. » Moi qui venait de prendre une gorgée de mon infusion, je recrachai le tout au sol et m’excusai en feignant m’être brûlée, mais elle comprit que quelque chose n’allait pas car elle fronça les sourcils et me dévisagea comme si j’étais folle. « Pe…Peux-tu répéter ce que tu viens de dire, s’il-te-plaît? » le demandai-je alors, espérant m’être encore fait jouer un tour par mon imagination. « J’ai dit que c’était de famille. Que les sorciers des Haies se développaient moins rapidement que les gens normaux. Quelque chose ne va pas, ma dame? » Effectivement, rien n’allait. La chaumière se mit à tournoyer autour de moi et je dus prendre appuis et prendre de grandes goulées d’air pour ne pas m’évanouir sous l’impact de cette découverte. Il me fallut quelques minutes pour me reprendre et je remarquai que Jinna avait disparut. Je fermai les yeux et tentai de remettre de l’ordre dans ma tête. D’abord, je m’étais réveillé vêtue comme une princesse en plein milieu d’une clairière. Ensuite, je m’étais enfoncé dans la forêt et c’est là que j’eus ma première impression relative au roman que j’allais lus dans mon ancienne vie. J’avais prié El et Eda, dieux de la terre et de la mer dans le monde fictif où évoluaient les personnages du roman. Ensuite, j’avais rencontré un homme et alors que je m’étais perdu dans mes pensées, il m’avait crut entendre le mot : « Castelcerf. » Et j’avais rencontré cette petite fille, qui semblait avoir sept ans alors qu’elle en avait plutôt treize, et elle m’avait avoué être une sorcière des Haies. Une peur soudaine me fit convulser, et j’eus le cœur au bord des lèvres lorsque je me remémorai tout ce que je savais de l’histoire du roman « L’assassin royal. » FitzChevalerie, surnommé le Bâtard-au-vif, était le Catalyseur qui servait le Prophète Blanc, surnommé le fou, et avait aidé son roi-servant – détrôné par son demi-frère -, à réveiller les dragons pour sauver les Six-Duchés de la menace constante des Pirates rouges. Il avait perdu son roi-servant dans cette mission, mais était ainsi parvenu à sauver les Six-Duchés. Après de nombreuses années, il était retourné au service de sa reine, Kettrichen, qui était la fiancée de Vérité, pour régler des conflits impliquant son fils, le prince Devoir. La suite m’étais malheureusement inconnue, car je n’avais pus finir la série avant… Avant ma mort? Je n’étais plus aussi certaine de si j’étais morte ou non, car il était impossible que la mort ressemble à une telle chose, non? Peut-être ne faisais-je qu’un rêve très réaliste? Je me pinçai violemment, me donnai deux claques, me mordit, mais rien n’y fit, je ne me réveillais pas. Des larmes d’incompréhension, de peur, d’inquiétude et d’hébétude se mirent à ruisseler sur mon visage avant même que je ne puisse en avoir clairement conscience. Je ne me rendis même pas compte que Jinna était revenu et me dévisageais avec inquiétude. Je ne m’en aperçu seulement lorsqu’elle déposa un linge glacé sur ma nuque. Comme brusquement tiré d’un état comatique, j’eus un hoquet de stupeur et grimaçai au contact mouillé du linge. « Ma dame, m’entendez-vous? » Sa voix n’était qu’un chuchotement à mes oreilles, car je me sentais aspiré par le choc de l’incompréhensible situation dans laquelle je me trouvais présentement. J’essayai de parler, mais la jeune fille me débarrassa de cette tâche en me priant de prendre son lit et de me reposer jusqu’à ce que j’aille mieux. Je me sentais mal de me montrer aussi grossière en m’imposant et en m’accaparant son lit, mais je n’avais pas la force de m’excuser auprès de la jeune fille, et surtout pas de l’empêcher de m’accorder autant d’attention. Dès que je me fus étendue sur l’inconfortable lit de paille moisi, je sombrai dans un sommeil d’hébétude qui me fit me demander ce que ressentaient les bébés naissants lorsqu’ils voyaient le monde pour la première fois. Ce fut sur cette drôle de pensée que je m’évanouie complètement dans un noir sommeil.


Fin du Chapitre 1 Smile
Alys Bel-Gram
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