LE CID (version SG1)

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LE CID (version SG1)

Message  cocoon2701 le Sam 28 Aoû - 14:17

Auteurs : Pierre Corneille ( ! ! !) et Cocoon (Elias)
Date : euh....courant 2002 ou 2003 je crois.
Genre : Parodie…mais très littéraire ! Excusez du peu…Sinon, c'est du ship. Encore !
Spoiler : Aucun

Disclaimer : Là, c’est compliqué ! Voyons…les personnages appartiennent à la MGM et à SHOWTIME, le texte originel est la propriété des descendants de Corneille (s’il y en a encore !), par contre, tout le reste est à moi. A moi et à moi seule ! Nah !

Résumé : Des amours contrariées par l’honneur et la raison d’Etat.

Note à tous : Vous connaissez certainement l’histoire…allons…vous êtes allés à l’école assez longtemps pour y avoir eu droit, non ? ? ? ! ! ! Mais pour ceux que le Français a rendu anti littéraire, je propose ici une version adaptée à une série télévisée où shippers et non-shippers vont pouvoir se retrouver. Je vous préviens quand même de quelques changements entre l’histoire de base et celle-ci. D’accord ! J’ai pris énormément de libertés ! ! ! Surtout dans les dénouements. Bref, c’est un méga-délire sur fond de culture ! 


Personnages :

Version Corneille Ma version
Don Fernand …………………………….. Président Bush ( = GWB)
Infante de Castille …………………………….. Anise
Don Diègue …………………………….. Hammond
Don Gomès …………………………….. Jacob
Don Sanche …………………………….. Jonas
Don Arias …………………………….. Daniel
Don Alonse …………………………….. Teal’c
Rodrigue …………………………….. Jack
Chimène …………………………….. Sam
Léonor …………………………….. Une Tok’ra
Elvire …………………………….. Janet


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ACTE PREMIER

Dans le laboratoire de Sam….

SCENE PREMIERE : SAM, JANET

SAM
Janet, m’avez-vous fait un rapport bien sincère ?
Ne déguisez-vous rien de ce qu’a dit mon père ?

JANET
Tous mes sens à moi-même en sont encor charmés :
Il estime O’Neill autant que vous l’aimez,
Et si je ne m’abuse à lire dans son âme,
Il vous commandera de répondre à sa flamme.

SAM
Dites-moi donc, je vous prie, une seconde fois
Ce qui vous fait juger qu’il approuve mon choix :
Dites-moi de nouveau quel espoir j’en dois prendre ;
Un si charmant discours ne se peut trop entendre ;
Vous ne pouvez promettre aux feux de notre amour
La douce liberté de se montrer au jour.
Et qu’a-t-il répondu sur la secrète traque
Que font auprès de moi et Jonas et mon Jack ?
N’avez-vous trop fait voir quelle inégalité
Entre ces deux amants me penche d’un côté ?

JANET
Non ; j’ai peint votre cœur dans une indifférence
Qui n’enfle d’aucun d’eux ni détruit l’espérance,
Et sans les voir d’un œil trop sévère ou trop doux,
Attend l’ordre d’un père à choisir un époux.
Ce respect l’a ravi, sa bouche et son visage
M’en ont donné sur l’heure un digne témoignage,
Et puisqu’il nous en faut encor faire un récit,
Voici d’eux et de vous ce qu’en hâte il m’a dit :
« Elle est dans le devoir ; tous deux sont dignes d’elle,
Tous deux formés d’un sang noble, vaillant, fidèle,
Jeunes, mais qui font lire aisément dans leurs yeux
L’éclatante vertu de leurs braves aïeux.
Jack O’Neill surtout n’a trait en son visage
Qui d’un homme de cœur ne soit la haute image,
Et sort d’une maison si féconde en guerriers,
Qu’ils y prennent naissance au milieu des lauriers.
La valeur de ses pairs, en leur temps sans pareille,
Tant qu’a duré leur force, a passé pour merveille ;
Ses rides sur son front ont gravé ses exploits,
Et nous disent encor ce qu’il peut être parfois.
Je me promets de lui ce que je l’ai vu faire ;
Et ma fille, en un mot, peut l’aimer et me plaire. »
Il allait au briefing, dont l’heure qui pressait
A tranché ce discours qu’à peine il commençait ;
Mais à ce peu de mots je crois que sa pensée
Entre vos deux amants n’est pas fort balancée. [……….]
Comme ses hauts exploits le rendent sans égal,
Dans un espoir si juste il sera sans rival ;
Et puisque votre O’Neill a séduit votre père
Au sortir du briefing pour discuter l’affaire,
Je vous laisse à juger s’il prendra bien son temps,
Et si tous vos désirs seront bientôt contents.

SAM
Il semble toutefois que mon âme troublée
Refuse cette joie et s’en trouve accablée :
Un moment donne au sort des visages divers,
Et dans ce grand bonheur je crains un grand revers.

JANET
Vous verrez cette crainte heureusement déçue.

SAM
Allons, quoi qu’il en soit, en attendre l’issue.



Dans les quartiers Tok’ra…

SCENE II : ANISE, UNE TOK’RA, UN SOLDAT

ANISE
Soldat, allez avertir Sam de ma part
Qu’aujourd’hui pour me voir elle attend un peu tard,
Et que mon amitié se plaint de sa paresse.

TOK’RA
Madame, chaque jour même désir vous presse ;
Et dans son entretien je vous vois chaque jour
Demander en quel point se trouve son amour.

ANISE
Ce n’est pas sans sujet : je l’ai presque forcée
A recevoir les traits dont son âme est blessée.
Elle aime Jack O’Neill, et le tient de ma main,
Et par moi Jack O’Neill a vaincu son dédain :
Ainsi de ces amants ayant formé les chaînes,
Je dois prendre intérêt à voir finir leurs peines.


TOK’RA
Madame, toutefois parmi leurs bons succès
Vous montrez un chagrin qui va jusqu’à l’excès.
Cet amour, qui tous deux les comble d’allégresse,
Fait-il de ce grand cœur la profonde tristesse ?
Et ce grand intérêt que vous prenez pour eux
Vous rend-il malheureuse alors qu’ils sont heureux ?
Mais je vais trop avant et deviens indiscrète.

ANISE
Ma tristesse redouble à la tenir secrète.
Ecoute, écoute enfin comme j’ai combattu,
Ecoute quels assauts brave encor ma vertu.
L’amour est un tyran qui n’épargne personne :
Ce fougueux colonel, cet amant que je donne,
Je l’aime.

TOK’RA
Vous l’aimez !

ANISE
Mets la main sur mon cœur,
Et vois comme il se trouble au nom de son vainqueur,
Comme il le reconnaît.

TOK’RA
Pardonnez-moi, Madame ;
Si je sors du respect pour blâmer cette flamme.
Une grande doctoresse et en tous points si belle
Ne peut prendre en son cœur un simple colonel !
Que dirait les Tok’ras ? Et que dirait l’armée ?
Vous pouvez le soigner mais nullement l’aimer.

ANISE
Il m’en souvient si bien que j’épandrai mon sang
Avant que je m’abaisse à démentir mon rang.
Je te répondrais bien que dans les belles âmes
Le seul mérite a droit de produire des flammes ;
Et si ma passion cherchait à s’excuser,
Mille exemples fameux pourraient l’autoriser ;
Mais je n’en veux point suivre où la gloire s’engage ;
La surprise des sens n’abat point mon courage ;
Et je me dis toujours qu’étant femme de droit,
Tout autre qu’un savant est indigne de moi.
Quand je vis que mon cœur ne se pouvait défendre,
Moi-même je donnais ce que je n’osais prendre.
Je vis, au lieu de moi, une autre en ses liens,
Et j’allumais leurs feux pour éteindre les miens.
Ne t’étonne donc plus si mon âme gênée
Avec impatience attend leur hyménée :
Tu vois que mon repos en dépend aujourd’hui.
Si l’amour vit d’espoir, il périt avec lui :
C’est un feu qui s’éteint, faute de nourriture ;
Et malgré la rigueur de ma triste aventure,
Si Sam a jamais Jack O’Neill pour mari,
Mon espérance est morte, et mon esprit guéri.
Je souffre cependant un tourment incroyable :
Jusques à cet hymen, ce Jack m’est aimable ;
Je travaille à le perdre, et le perds à regret ;
Et de là prend son cours mon déplaisir secret.
Je vois avec chagrin que l’amour me contraigne
A pousser des soupirs pour ce que je dédaigne ;
Je sens en deux partis mon esprit divisé :
Si mon courage est haut, mon cœur est embrasé ;
Cet hymen m’est fatal, je le crains et souhaite :
Je n’ose en espérer qu’une joie imparfaite.
Mon métier, mon amour ont pour moi tant d’appas,
Que je meurs s’il s’achève ou ne s’achève pas.

TOK’RA
Madame, après cela je n’ai rien à vous dire,
Sinon que de vos maux avec vous je soupire :
Je vous blâmais tantôt, je vous plains à présent ;
Mais puisque dans un mal si doux et si cuisant
Votre vertu combat et son charme et sa force,
En repousse l’assaut, en rejette l’amorce,
Elle rendra le calme à vos esprits flottants.
Espérez donc tout d’elle, et du secours du temps ;
Espérez tout du ciel : il a trop de justice
Pour laisser la vertu dans un si long supplice.

ANISE
Ma plus douce espérance est de perdre l’espoir.

SOLDAT
Par vos commandements le Major vous vient voir.

ANISE à la Tok’ra
Allez l’entretenir en cette galerie.

TOK’RA
Voulez-vous demeurer dedans la rêverie ?

ANISE
Non, je veux seulement, malgré mon déplaisir,
Remettre mon visage un peu plus à loisir.
Je vous suis. Juste ciel, d’où j’attends mon remède,
Mets enfin quelque borne au mal qui me possède :
Assure mon repos, assure mon honneur.
Dans le bonheur d’autrui je cherche mon bonheur :
Cet hyménée à trois également importe ;
Rends son effet plus prompt, ou mon âme plus forte.
D’un lien conjugal joindre ces deux amants,
C’est briser tous mes fers et finir mes tourments.
Mais je tarde un peu trop : allons retrouver Sam
Et par son entretien me soulager du drame.


Bureau du Général Hammond…

SCENE III : JACOB, HAMMOND

JACOB
Enfin tu as gagné, merci au Président !
Te voilà conseiller au plus noble des rangs :
Il t’a fait spécialiste des affaires aliens.

HAMMOND
C’est la reconnaissance de tant d’années de peine.
Il montre à tous qu’il est juste, et fait connaître assez
Qu’il sait récompenser les services passés.

JACOB
Pour grands que soient les chefs, ils sont ce que nous sommes :
Ils peuvent se tromper comme les autres hommes ;
Et ce choix sert de preuve à tous les prétendants
Qu’ils savent mal payer les services présents.

HAMMOND
Ne parlons plus d’un choix dont ton esprit s’irrite :
La faveur l’a pu faire autant que le mérite ;
Mais on doit ce respect au pouvoir absolu,
De n’examiner rien quand un chef l’a voulu.
Autre chose, maintenant, dont j’aimerais parler :
Entre Sam et O’Neill n’as-tu rien remarqué ?
Je sais qu’elle est ta fille et qu’elle est mon Major,
Qu’elle n’avouera jamais au prix de quel effort
Son désir est muet mais se lit dans ses yeux.

JACOB
Est-ce que tu sous-entends qu’ils seraient amoureux ?
Et le nouvel éclat de toute ta dignité
Lui doit enfler le cœur d’une autre vanité.
Mais si tu as raison, tu es seul maître à bord ;
Fais pour eux ce que doit, je te donne mon accord.
Fais trembler tes soldats sous le joug de la loi,
Remplis les bons d’amour, et les méchants d’effroi.
Pour ma fille je ne veux ni ses larmes, ni sa peine,
Je veux la voir heureuse et comblée et sereine.
Elle a élu un homme, un soldat, un guerrier,
Dont l’humour est douteux, le cheveux argenté ;
J’espère que tu sauras vraiment tout bien leur expliquer
S’ils doivent faire un couple, autant qu’il soit parfait !

HAMMOND
Pour les instruire d’exemples, en dépit de l’envie,
Ils liront seulement l’histoire de ma vie.
Là, dans un long tissu de belles actions,
Ils verront comme il faut dompter des nations,
Attaquer une place, ordonner une armée,
Et sur de grands exploits bâtir leur renommée.

JACOB
Les exemples vivants sont d’un autre pouvoir ;
Un soldat dans un livre apprend mal son devoir.
Et qu’a fait après tout ce grand nombre d’années,
Que ne puisse égaler une de mes journées ?
Bien sûr, tu fus vaillant, je le suis aujourd’hui,
Et ce bras de la Terre est le plus ferme appui.
Anubis et Sokar tremblent quand ce fer brille ;
Mon nom sert de rempart à toutes les flottilles :
Sans moi, vous passeriez bientôt sous d’autres lois,
Et vous auriez bientôt vos ennemis pour rois.
Chaque jour, chaque instant, pour rehausser ma gloire,
Met laurier sur lauriers, victoire sur victoire :
Un Jack à mes côtés ferait dans les combats
L’essai de son courage à l’ombre de mon bras ;
Il apprendrait à vaincre en me regardant faire
Et pour répondre en hâte à son grand caractère,
Il verrait…

HAMMOND
Je le sais, mon ami, tu es un bon Tok’ra :
Je t’ai bien vu combattre et commander sous moi.
Quand l’âge dans tes nerfs a fait couler sa glace,
C’est ta rare valeur qui a rempli la place ;
Enfin, pour épargner les discours superflus,
Tu es tel aujourd’hui qu’autrefois je le fus.
Mais tu vois toutefois qu’en cette concurrence
Notre chef entre nous met quelque différence.

JACOB
Ce que je méritais, toi, tu l’as emporté.

HAMMOND
Qui l’a gagné sur toi l’avait mieux mérité.

JACOB
Qui peut mieux l’exercer en est bien le plus digne.

HAMMOND
En être refusé n’en est pas un bon signe.

JACOB
Tu l’as eu par intrigue, étant vieux prétendant.

HAMMOND
L’éclat de mes hauts faits fut mon seul partisan.

JACOB
Parlons-en mieux, on fait juste honneur à ton âge.

HAMMOND
Même si c’est le cas, il mesure mon courage.

JACOB
Et par là cet honneur n’était dû qu’à mon bras.

HAMMOND
Qui n’a pu l’obtenir ne le méritait pas.

JACOB
Ne le méritait pas ! moi ?

HAMMOND
Toi.

JACOB
Ton impudence,
Téméraire vieillard, aura sa récompense.

Il lui tapotte le sommet du crâne.

HAMMOND, se levant de sa chaise
Achève, et prends ma vie, après un tel affront,
Le premier dont ma place ait vu rougir son front.

JACOB
Et que penses-tu faire avec tant de faiblesse ?

HAMMOND
O Dieu ! ma force usée en ce besoin me laisse !

JACOB
Ton fauteuil est à moi ; mais tu serais trop vain,
Si ce honteux trésor avait chargé ma main.
Adieu : fais lire à Jack, en dépit de l’envie,
Pour sa curiosité, l’histoire de ta vie :
D’un insolent discours ce juste châtiment
Ne lui servira pas d’un petit ornement.


SCENE IV : HAMMOND

O rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?
Mon bras, qu’avec respect toute la base admire,
Mon bras qui tant de fois a vaincu sans faiblir,
Tant de fois affermi le rôle de mes soldats,
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?
O cruel souvenir de ma gloire passée !
Œuvre de tant de jours en un jour effacée !
Nouvelle dignité, fatale à mon bonheur !
Précipice élevé d’où tombe mon honneur !
Faut-il de votre éclat voir triompher Jacob,
Et mourir sans vengeance, sans tuer ce vieux snob ? [….]


SCENE V : HAMMOND, JACK

HAMMOND
Jack, avez-vous du cœur ?

JACK
J’ai du pique, Général
Mais je n’ai pas de cœur.

HAMMOND
Et ça m’est bien égal…
Je ne suis que colère pour un ami jaloux
Et reconnais mon sang à ce noble courroux ;
Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte.
Pourriez-vous à ma place me laver de ma honte ?
Et me venger.

JACK
De quoi ?

HAMMOND
D’un affront si cruel,
Qu’à l’honneur de nous tous il porte un coup mortel :
Une insulte. L’insolent en eût perdu la vie ;
Mais mon âge a trompé ma généreuse envie :
Et ce fer que mon bras ne peut plus soutenir,
Je le remets au vôtre pour venger et punir.
Ce n’est que dans le sang qu’on lave un tel outrage ;
Et vous ne manquez ni de force ni de courage.
Mourrez ou tuez. De plus, pour ne vous point flatter,
Je vous donne à combattre un homme à redouter :
Je l’ai vu, tout couvert de sang et de poussière,
Porter partout l’effroi dans une armée entière.
J’ai vu par sa valeur cent escadrons rompus ;
Et pour en dire encor quelque chose de plus,
Plus que brave soldat ou porteur d’oriflammes,
C’est…

JACK
De grâce, achevez.

HAMMOND
Le père de Sam.

JACK
Le…

HAMMOND
Ne parlez pas, je connais votre amour ;
Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour.
Plus l’offenseur est cher, et plus grande est l’offense.
Enfin, vous savez tout. A vous est la vengeance :
Je ne vous dis plus rien. Vengez-moi, vengez-vous ;
Portez la dague haute et ruinez ce vieux fou.
Au nom du SGC et au nom de la Terre,
Vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire.


Dans les quartiers de Jack…

Scène VI : JACK

Percé jusques au fond du cœur
D’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d’une simple querelle,
Et malheureux objet d’une injuste rigueur
Je demeure immobile, et mon âme abattue
Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé,
O Dieu, l’étrange drame !
En cet affront Hammond est l’offensé
Et l’offenseur le père Sam !

Que je sens de rudes combats !
Contre mon propre honneur mon amour s’intéresse :
Il faut venger un chef et perdre une maîtresse :
L’un m’anime le cœur, l’autre retient mon bras.
Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
Ou de vivre en infâme,
Des deux côtés mon mal est infini.
O Dieu, l’étrange drame !
Faut-il laisser un affront impuni ?
Faut-il punir le père de Sam ?

Père, maîtresse, honneur, amour,
Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,
Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.
L’un me rend malheureux, l’autre indigne du jour.
Cher et cruel espoir d’une âme généreuse,
Mais ensemble amoureuse,
Digne ennemi de mon plus grand bonheur,
Arme qui causes ma peine,
M’es-tu donnée pour venger un honneur ?
M’es-tu donnée pour perdre mon hymen ?

Il vaut mieux courir au trépas.
Je dois à mon Major aussi bien qu’à son père :
J’attire en me vengeant sa haine et sa colère ;
J’attire ses mépris en ne me vengeant pas.
A mon plus doux espoir l’un me rend infidèle,
Et l’autre indigne d’elle.
Mon mal augmente à le vouloir guérir ;
Tout redouble mon drame.
Allons, mon âme ; et puisqu’il faut mourir,
Mourons du moins sans plus offenser Sam.

Mourir sans tirer ma raison !
Rechercher un trépas si mortel à ma gloire !
Savoir que l’Amérique impute à ma mémoire
D’avoir mal soutenu l’honneur de ma Nation !
Respecter un amour dont mon âme égarée
Voit la perte assurée !
N’écoutons plus cet esprit suborneur,
Qui ne sert qu’à mon drame.
Allons, mon bras, sauvons du moins l’honneur,
Puisqu’après tout, je n’aurai jamais Sam.

Oui, mon esprit s’était déçu.
Je dois tout à l’armée avant qu’à ma maîtresse :
Que je meure au combat, ou meure de tristesse,
Je rendrai mon sang pur comme je l’ai reçu.
Je m’accuse déjà de trop de négligence :
Courons à la vengeance ;
Et tout honteux d’avoir tant hésité,
N’y voyons plus de drame,
Puisqu’aujourd’hui Hammond est l’offensé,
Si l’offenseur est bien le père de Sam.


ACTE II

Dans la salle de briefing….

SCENE PREMIERE : JACOB, DANIEL


JACOB
Je l’avoue entre nous, mon sang un peu trop chaud
S’est trop ému d’un mot et l’a porté trop haut ;
Mais puisque c’en est fait, le coup est sans remède.

DANIEL
Qu’aux volontés d’un seul ce grand courage cède :
Le Président qui a le cœur par vous irrité
Agira contre vous de pleine autorité.
Aussi vous n’avez point de valable défense :
Le rang de l’offensé, la valeur de l’offense,
Demandent des devoirs et des soumissions
Qui passent le commun des satisfactions.

JACOB
Il peut alors à son gré disposer de ma vie.

DANIEL
De trop d’emportement votre faute est suivie.
Il ne vous blâme qu’au su d’un stupide courroux,
Il vous dit : « Calmez-vous » ; désobéirez-vous ?

JACOB
Daniel, pour conserver tout ce que j’ai d’estime,
Désobéir un peu n’est pas un si grand crime ;
Et quelque grand qu’il soit, mes services présents
Pour le faire abolir sont plus que suffisants.

DANIEL
Quoi qu’on fasse d’illustre et de considérable,
Jamais à un soldat un chef n’est redevable.
Vous vous flattez beaucoup, et vous devez savoir
Que qui sert bien son chef ne fait que son devoir.
Vous vous perdrez, Monsieur, sur cette confiance.

JACOB
Je ne vous en croirais qu’après l’expérience.


DANIEL
Et est-ce que Selmak est d’accord avec ça ?


JACOB
Un jour seul ne perd pas un homme tel que moi.
Que toutes les grandeurs s’arment pour mon supplice,
Toute la Terre périra, s’il faut que je périsse.

DANIEL
Quoi ! Vous craignez si peu le pouvoir des armées…

JACOB
D’un sceptre qui sans moi tomberait  à leurs pieds.
Ils ont trop d’intérêt eux-mêmes en ma personne,
Et ma tête en tombant ferait choir leur couronne.
C’est un peu grâce à moi s’ils peuvent guerroyer
Et fendre la galaxie sans craindre d’y rester,
Combattre les Goa’Ulds en nous tenant la main…
Vous voyez, Daniel, sans moi, ils ne valent rien.

DANIEL
Souffrez que la raison remette vos esprits.
Prenez un bon conseil.

JACOB
Le conseil en est pris.

DANIEL
Que dois-je faire enfin ? Je dois rendre des comptes.

JACOB
Dites que je ne peux consentir à ma honte.

DANIEL
Mais songez à l’alliance qui par vous est perdue !

JACOB
Le sort en est jeté, Daniel, n’en parlons plus.

DANIEL
Adieu donc, puisqu’en vain je tâche à vous résoudre
Avec tous vos lauriers, craignez encor la foudre.

JACOB
Je l’attendrai sans peur.

DANIEL
Mais non pas sans effet.


JACOB
Nous verrons donc par là un Hammond satisfait.

(Il est seul)
Qui ne craint point la mort ne craint point les menaces.
J’ai le cœur au-dessus des plus fières disgrâces ;
Et l’on peut me réduire à vivre sans bonheur,
Mais non pas me résoudre à vivre sans honneur.


Chambre de Jacob…

SCENE II : JACOB, JACK


JACK
A moi, Jacob, deux mots.

JACOB
Parlez.

JACK
Otez-moi d’un doute.
Connaissez-vous bien Hammond ?

JACOB
Oui.

JACK
On nous écoute…
(Plus bas)
Savez-vous que cet homme fut la même vertu
De courage et d’honneur et par tous reconnu ?

JACOB
Peut-être.

JACK

Cette ardeur que dans les yeux je porte,
Savez-vous ce qu’elle est et qu’elle m’est perdue ?

JACOB
Que m’importe ?

JACK
Si tout le monde sait, vous devez le savoir.

JACOB
Jeune présomptueux !

JACK
Vous parlez de devoir.
Mon âge vous suit de près ; mais aux âmes bien nées
La valeur n’attend point le nombre des années.

JACOB
Ne nous comparez pas et parlez librement :
Qu’attendez-vous de moi au juste maintenant ?

JACK
Mettez l’orgueil en berne au nom de l’amitié,
Je suis sûr que Hammond est lui-même désolé.

JACOB
C’est trop me demander !

JACK
Alors ne faites rien !
Je vous prenais pourtant pour un homme de bien.
Votre orgueil vous fait perdre le sens des vraies raisons
A un geste anodin, preuve de déception.
Hammond n’a pas voulu insulter votre honneur ;
Il était votre allié, votre ami le meilleur,
Il n’aurait pas risqué de tout perdre pour peu
Qu’une place au soleil rende les gens heureux ;

JACOB
Ce grand cœur qui paraît dans tous vos beaux discours,
Ne voit que ce qu’il veut, pas ce qu’il y a autour :
Vous êtes de parti pris pour votre supérieur,
Mais vous ne savez rien des affaires d’honneur.
Savez-vous qu’il m’en coûte de le voir assumer
Le rôle qui aurait dû m’être attribué ?
Mais non, vous ne pouvez deviner ma rancœur
Puisque pour vous tout n’est qu’affaire de cœur.
Je voulais faire de vous un membre de ma famille ;
Mon âme avec plaisir vous destinait ma fille.
Je savais votre amour, et suis ravi de voir
Que tous ses sentiments cèdent à votre devoir ;
Qu’ils n’ont point affaibli cette ardeur magnanime ;
Puis que votre courage répond à mon estime ;
Et que, voulant pour gendre un militaire parfait,
Je ne me trompais point au choix que j’avais fait.
Mais tout ça a brûlé comme fétu de paille :
Ma fille sera à vous après mes funérailles ;
Aussi vous vengerez le nom du Général.
Donnez le premier coup, priez qu’il fut fatal,
Car si vous défaillez, je tiendrai la victoire :
A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
Que l’on ne vous croit pas abattu sans effort ;
Et j’aurai le regret d’annoncer votre mort.

JACK
D’une indigne pitié votre audace est suivie :
Qui m’ose ôter l’honneur craint de m’ôter la vie ?

JACOB
Retirez-vous d’ici.

JACK
Marchons sans discourir.

JACOB
Etes-vous las de vivre ?

JACK
Voulez-vous donc mourir ?


Dans les quartiers Tok’ra…

SCENE III : ANISE, SAM

ANISE
Apaisez-vous donc Sam, apaisez votre peine :
Faites agir votre science en ces moments de haine.
Vous reverrez le calme après ce faible orage ;
Votre bonheur se couvre que d’un peu de nuage,
Et vous ne perdez rien pour le voir différer.

SAM
Mon cœur outré d’ennuis n’ose rien espérer.
Un orage si prompt qui trouble une bonace
D’un naufrage certain nous porte la menace :
Je n’en saurais douter, je péris dans le port.
J’aimais, j’étais aimée, et mon père d’accord ;
Et je vous en contais la charmante nouvelle
Au malheureux moment que naissait la querelle,
Dont le récit fatal, sitôt qu’on vous l’a fait,
D’une si douce attente a ruiné l’effet.
Maudite ambition, détestable manie,
Dont les plus généreux souffrent la tyrannie !
Honneur impitoyableà mes plus chers désirs,
Que tu vas me coûter de pleurs et de soupirs !

ANISE
Vous n’avez dans l’histoire aucun sujet à craindre :
Un moment l’a fait naître, un moment va l’éteindre.
Elle a fait trop de bruit pour ne pas s’accorder,
Puisque votre pays les veut accomoder ;
Et vous savez mon âme, à vos ennuis sensible,
Pour en tarir la source, je ferai l’impossible.

SAM
Les accomodements ne font rien en ce point :
De si sordides affronts ne se réparent point.
En vain on fait agir la force ou la prudence :
Si l’on guérit le mal, ce n’est qu’en apparence.
La haine que les cœurs conservent au-dedans
Nourrit des feux cachés, mais d’autant plus ardents.

ANISE
Allez trouver O’Neill, prêtez-lui votre haleine,
Et démêlez ensemble cet écheveau de haine ;
Puis nous verrons bientôt votre amour le plus fort
Par un heureux hymen étouffer ce discord.

SAM
Je le souhaite ainsi plus que je ne l’espère :
Hammond est trop altier, et je connais mon père.
Je sens couler des pleurs que je veux retenir ;
La passé me tourmente, et je crains l’avenir.

ANISE
Que craignez-vous ? Votre père aurait-il des faiblesses ?

SAM
Le Colonel a du courage.

ANISE
Il a trop de tristesse.

SAM
Les hommes valeureux en ont souvent beaucoup.

ANISE
Vous ne devez douter de son amour pour vous :
Il est trop amoureux pour vous vouloir déplaire,
Et deux mots de votre bouche arrêtent sa colère.

SAM
S’il ne m’obéit point, quel comble à mon ennui !
Et s’il veut m’obéir, que dira-t-on de lui ?
Etant né ce qu’il est, souffrir un tel outrage !
Soit qu’il cède ou résiste au feu qui me l’engage,
Mon esprit ne peut qu’être honteux ou confus,
De son trop de respect, ou d’un juste refus.

ANISE
Vous avez l’âme haute, et quoique intéressée,
Vous ne pouvez souffrir une basse pensée ;
Mais si jusques au jour de l’accomodement
Je fais mon prisonnier de ce parfait amant,
Et que j’empêche ainsi l’effet de son courage,
Votre esprit amoureux n’aura-t-il point d’ombrage ?

SAM
Ah ! Madame, en ce cas je n’ai plus de souci.


SCENE IV : SAM, ANISE, UNE TOK’RA, UN SOLDAT


ANISE
Soldat, cherchez O’Neill, et l’amenez ici.

SOLDAT
Le Général Carter et lui…

SAM
Bon Dieu ! je tremble.

ANISE
Parlez.

SOLDAT
De cette base ils sont sortis ensemble.

SAM
Seuls ?

SOLDAT
Seuls, et qui semblaient tout bas se quereller.

SAM
Sans doute, ils sont aux mains,il n’en faut plus parler.
Madame, pardonnez à cette promptitude.


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Dernière édition par cocoon2701 le Sam 28 Aoû - 14:19, édité 1 fois

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Re: LE CID (version SG1)

Message  cocoon2701 le Sam 28 Aoû - 14:18

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SCENE V : ANISE, UNE TOK’RA

ANISE
Hélas ! que dans l’esprit je sens d’inquiétude !
Je pleure ses malheurs, son amant me ravit ;
Mon repos m’abandonne, et ma flamme revit.
Ce qui va séparer Jack O’Neill de sa Sam
Fait renaître à la fois mon espoir et mon drame ;
Et leur division, que je vois à regret,
Dans mon esprit charmé jette un plaisir secret.


TOK’RA
Cette haute vertu qui règne dans votre âme
Se rend-elle sitôt à cette lâche flamme ?

ANISE
Ne la nomme point lâche, à présent que chez moi
Pompeuse et triomphante, elle me fait la loi :
Porte-lui du respect, puisqu’elle m’est si chère.
Ma vertu la combat, mais malgré moi j’espère ;
Et d’un si fol espoir mon cœur mal défendu
Vole après un amant qu’un Major a perdu.

TOK’RA
Vous laissez choir ainsi ce glorieux courage,
Et la raison chez vous perd ainsi son usage ?

ANISE
Ah ! qu’avec peu d’effet on entend la raison,
Quand le cœur est atteint d’un si charmant poison !
Et lorsque le malade aime sa maladie,
Qu’il a peine à souffrir que l’on y remédie !

TOK’RA
Votre espoir vous séduit, votre mal vous est doux ;
Mais enfin ce Terrien est indigne de vous.

ANISE
Je ne le sais que trop ; mais si ma vertu cède,
Apprends comme l’amour flatte un cœur qu’il possède.
Si O’Neill une fois sort vainqueur du combat,
Si dessous sa valeur ce grand guerrier s’abat,
Je puis en faire cas, je puis l’aimer sans honte.
Que ne fera-t-il point, s’il veut régler ses comptes ?
J’ose m’imaginer qu’à ses moindres exploits
Des planètes entières tomberont sous ses lois ;
Des Grands maîtres subjugués trembler en l’adorant,
Et l’Alliance des quatre, réjouie en l’accueillant.
Tout cela je l’attends de lui par sa victoire,
Et fais de son amour un sujet de ma gloire.

TOK’RA
Mais, Madame, voyez où vous portez son bras,
Ensuite d’un combat qui peut-être n’est pas.

ANISE
O’Neill est offensé ; Jacob a fait l’outrage ;
Ils sont sortis ensemble : en faut-il davantage ?

TOK’RA
Eh bien ! ils se battront, puisque vous le voulez ;
Mais O’Neill ira-t-il si loin que vous allez ?

ANISE
Que veux-tu ? je suis folle, et mon esprit s’égare :
Tu vois par là quels maux cet amour me prépare.
Viens donc dans mes quartiers consoler mes ennuis,
Et ne me quitte point dans le trouble où je suis.


A la Maison Blanche…

SCENE VI : GWB, JONAS, DANIEL


GWB
Carter est donc si vain, et si peu raisonnable !
Ose-t-il croire encor son crime pardonnable ?

DANIEL
Je l’ai de votre part longtemps entretenu ;
J’ai fait tout mon pouvoir, et n’ai rien obtenu.

GWB
Justes cieux ! ainsi donc un soldat téméraire
A si peu de respect et de soin de me plaire !
Il offense Hammond, et me méprise moi !
Au sein de mon armée il me donne la loi !
C’est encor un humain selon ce que j’en sais,
Gageons que son symbiote l’aide à se mieux penser.
Qu’il soit brave guerrier, qu’il soit grand capitaine,
Je saurai bien rabattre une humeur si hautaine.
Fût-il la valeur même, et le dieu des combats,
Il verra ce que c’est que de n’obéir pas.
Quoiqu’ait pu mériter une telle insolence,
Je l’ai voulu d’abord traiter sans violence ;
Mais puisqu’il en abuse, allez dès aujourd’hui,
Soit qu’il résiste ou non, vous assurer de lui.

JONAS
Peut-être un peu de temps le rendrait moins rebelle :
On l’a pris tout bouillant encor de sa querelle ;
Et dans la chaleur d’un premier mouvement,
Un cœur si généreux se rend malaisément.
Il voit bien qu’il a tort, mais une âme si haute
N’est pas sitôt réduite à confesser sa faute.

GWB
Jonas Quinn, taisez-vous, et soyez averti
Qu’on se rend criminel à prendre son parti.


JONAS
J’obéis et me tais ; mais de grâce, Monsieur,
Deux mots en sa défense.

GWB
Et de quel autre aveu ?

JONAS
Qu’une âme accoutumée aux grandes actions
Ne se peut abaisser à quelque soumission :
Elle n’en conçoit point qui s’expliquent sans arme ;
Et c’est de là que vient en ce jour ce vacarme.
Il touve en son devoir un peu trop de rigueur,
Et vous obéirait, s’il avait moins de cœur.
Commandez que son bras, nourri de notre alliance
Répare cette injure faite à son allégeance ;
Il vous satisfera ; et vienne qui voudra,
Attendant qu’il l’ait su, voici qui répondra.

GWB
Vous perdez le respect ; mais je pardonne à l’âge,
Et j’excuse l’ardeur en un jeune courage.
Un chef dont la prudence a de meilleurs objets
Est meilleur ménager du sang de ses sujets :
Je veille pour les miens, mes soucis les conservent,
Comme tout chef a soin des membres qui le servent.
Ainsi votre raison n’est pas raison pour moi ;
J’agis en chef d’Etat ; vous parlez en soldat ;
Et quoi qu’on veuille dire, et quoi qu’il ose croire,
Carter à m’obéir ne peut perdre sa gloire.
D’ailleurs l’affront me touche : il a perdu d’honneur
Celui que de Hammond j’ai fait le commandeur ;
S’attaquer à mon choix, c’est se prendre à moi-même,
Et faire un attentat sur le pouvoir suprême.
N’en parlons plus. Au reste, on a vu des vaisseaux
De nos pires ennemis arborer les drapeaux ;
Vers la Lune déjà ils ont osé paraître.

DANIEL
Anubis a appris par force à vous connaître,
Et tant de fois vaincu, il a perdu le cœur
De se plus hasarder contre un si grand vainqueur.

GWB
Ils ne verront jamais sans quelque jalousie
Mon sceptre, en dépit d’eux, régir le Tennessee ;
Et ce pays si beau, qu’ils veulent posséder,
Avec un œil d’envie est toujours regardé.

DANIEL
Ils savent aux dépens de leurs plus dignes têtes,
Combien votre présence assure vos conquêtes :
Vous n’avez rien à craindre.

GWB
Et rien à négliger :
Le trop de confiance attire le danger ;
Et vous n’ignorez pas qu’avec fort peu de peine
Un flux de pleine mer jusqu’ici les amène.
Toutefois j’aurais tort de jeter dans les cœurs,
L’avis étant mal sûr, de paniques terreurs.
L’effroi que produirait cette alarme inutile,
Dans la nuit qui survient troublerait trop mes villes :
Faites doubler les gardes aux murs et aux ports,
C’est assez pour ce soir.


SCENE VII : GWB, JONAS, TEAL’C


TEAL’C
Monsieur, Carter est mort :
Le Général Hammond s’est lavé de l’offense.

GWB
Dès que j’ai su l’affront, j’ai prévu la vengeance ;
Et j’ai voulu dès lors prévenir ce malheur.

TEAL’C
Le Major à genoux apporte sa douleur ;
Elle vient tout en pleurs vous demander justice.

GWB
Bien qu’à ses déplaisirs mon âme compatisse,
Ce que Carter a fait semble avoir mérité
Ce digne châtiment de sa témérité.
Quelque juste pourtant que puisse être sa peine,
Je ne puis sans regret perdre un tel phénomène.
Après un long service à mon Etat rendu,
Après son sang pour nous mille fois répandu,
A quelque sentiment que son orgueil m’oblige,
Sa perte m’affaiblit, et son trépas m’afflige.







Toujours à Washington…

SCENE VIII : GWB, HAMMOND, SAM, JONAS, DANIEL, TEAL’C

SAM
Monsieur, pitié, justice !

HAMMOND
Monsieur, écoutez-nous.

SAM
Je me jette à vos pieds.

HAMMOND
J’embrasse vos genoux.

SAM
Je demande justice.

HAMMOND
Entendez ma défense.

SAM
D’un soldat audacieux punissez l’insolence :
Il a de votre sceptre abattu le soutien,
Il a tué mon père.

HAMMOND
Allons donc, il va bien !

SAM
Au sang de vos sujets vous devez la justice.

HAMMOND
Mais Jacob n’aura qu’une petite cicatrice !

GWB
Levez-vous l’un et l’autre, et parlez à loisir.
Général, écoutez ce qu’elle a à vous dire.

SAM
Monsieur, mon père est mort, mes yeux ont vu son sang
Couler à gros bouillons de son généreux flanc ;
Ce sang qui tant de fois garantit vos murailles,
Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles,
Ce sang qui tout sorti fume encor de courroux
De se voir répandu pour d’autres que pour vous,
Qu’au milieu des hasards n’osait verser la guerre,
Le Colonel O’Neill vient d’en couvrir la terre.
J’ai couru sur le lieu, sans force et sans couleur :
Je l’ai trouvé sans vie. Excusez ma douleur,
Mais si la voix me manque en ce récit funeste,
Mes pleurs et mes soupirs vous diront mieux le reste.

GWB
Je comprends votre peine, et je m’y associe,
Vous perdez votre père et Hammond un ami.[………]

HAMMOND
Vous ne m’écoutez pas : Jacob est bien en vie !
Je savais que Selmak s’occuperait de lui.
J’ai voulu me venger d’un affront anodin
En lui faisant porter un coup, mais un coup vain.
Jamais je n’ai voulu réparer son offense ;
C’était une dispute sans la moindre importance,
Sinon l’écho qu’elle eut en dépit de nous-mêmes.
Il n’est besoin de larmes s’il n’y a de problème,
A moins que le Major ait encor des rancoeurs
Qui dépassent de loin les affaires d’honneur.
Et si nous nous penchions au cœur du différend,
Nous le verrions ensemble sûrement autrement.
Voyez-vous que l’amour bien qu’il fut interdit,
Brave tous les dangers pour parvenir ici :
Expliquez-donc un peu, Major, ce qui vous pèse,
Sachant que votre père ne meurt d’aucun malaise
Et qu’aucune justice ne vous écoutera.

SAM
Je veux m’en assurer avant d’autres débats.

HAMMOND
Allez-y, mon enfant, rejoignez votre père,
Et riez avec lui de ce qu’il a souffert
Par l’arme du Colonel en combat singulier ;
Allez-y, mon enfant, allez-y et voyez :
Ils seront ennemis entre vos doux soupirs,
Et ne retiendront plus pour longtemps leurs sourires
A vous voir si perdue, votre cœur en balance,
Ils seront devant vous pour quêter la clémence.
Mais nous pardonnerez-vous cette plaisanterie
Où personne à part nous n’a véritablement ri ?

SAM
Vous voulez dire que toute cette mise en scène
Etait une mascarade qui m’a fait de la peine ?

HAMMOND
Au début nous pensions juste à nous amuser
A voir où tout ceci pouvait nous amener.

SAM
Le jeu de la querelle a pris de l’importance.

HAMMOND
Il n’y avait d’honneur ni de trop grande offense
A faire tout ce bruit d’un seul malentendu.
Les murs ont des oreilles, et c’est à notre insu
Que le bruit a couru plus vite que nos pas.
Je suis tellement contrit.

GWB
Vous n’y paraissez pas.
Vous dites que Carter est toujours bien vivant,
Et que votre discorde n’était qu’un jeu d’enfant.
Mais le mal engendré par vos plaisanteries,
Et la peine causée, le tracas, les ennuis,
Valent des remontrances et une punition :
Pour avoir mis en doute toute mon institution,
Je vous condamne, Hammond, à vous en excuser.

HAMMOND
Mais je ne suis pas seul à devoir prix payer.

GWB
Jacob Carter devra présenter ses excuses :
Aux Tok’ras, à la Terre, et gagez qu’on l’accuse
D’être le trublion de notre chère alliance.
Mais, allez, laissez-moi, j’ai d’autres contingences.




ACTE III

A l’infirmerie

SCENE PREMIERE : JACK, JANET


JANET
Jack, qu’avez-vous fait ? où venez-vous, misérable ?

JACK
Suivre le triste cours de mon sort déplorable.

JANET
Où prenez-vous l’audace et ce nouvel orgueil
De paraître en ces lieux encor emplis de deuil ?
Quoi ? venez-vous jusqu’ici braver quelque fantôme ?
Vous l’avez bien tué ?
JACK
Je n’ai blessé que l’homme ;
Selmak prend soin de lui et lui rend toute sa force.

JANET
Vous voulez dire qu’il n’a pas la plus petite entorse ?
Alors pourquoi ce deuil est porté ici là ?

JACK
Mon geste importe plus que l’impensable trépas.
Au diable les couronnes et puis les chrysanthèmes :
J’ai tiré sur le père de la femme que j’aime.
Ne me regardez pas d’un visage étonné,
Je cherche le pardon. Pourra-t-elle pardonner ?
Mon juge est mon amour, mon seul juge c’est Sam,
Je mérite sa colère et ses cris et son blâme ;
Et j’en viens recevoir, comme un bien souverain,
Et l’arrêt de sa bouche, et le coup de ses mains.

JANET
Fuyez plutôt ses yeux et fuyez sa violence ;
A ses premiers transports, cachez votre présence :
Ne vous exposez point aux premiers mouvements
Que poussera l’ardeur de ses ressentiments.

JACK
Non, non, ce cher objet à qui j’ai pu déplaire
Ne peut pour mon supplice avoir trop de colère ;
Et j’évite les tourments qui me vont accabler,
Si j’ai peur de ses mots pour ce que je n’ai fait.

JANET
Sam est à Washington, de pleurs toute baignée,
Et n’en reviendra point que bien accompagnée.
Jack, fuyez, de grâce : ôtez-moi ce souci.
Que ne dira-t-on point si l’on vous voit ici ?


Dans les couloirs de la base…

SCENE II : JONAS, JANET, SAM

JONAS
Allons, Sam, il n’y a pas de sanglante victime :
Votre colère est juste, et vos pleurs légitimes ;
Et je n’entreprends pas, à force de parler,
Ni de vous adoucir, ni de vous consoler.
Mais si de vous servir je puis être capable,
Je chercherais partout à trouver le coupable ;
Employez mon amour à vous venger de lui :
Sous vos commandements, usons sa jalousie.

SAM
Malheureux !

JONAS
De grâce, acceptez mon service.

SAM
Non, je préfère réserver un tout autre supplice.

JONAS
Vous savez quelles armes vont bien à la langueur,
Afin que jamais crime n’échappe à leur douleur ?
Le doute, le reniement, sont des armes absolues.
Vous le rejetterez après l’avoir reçu ;
Il ne comprendra pas et vous serez vengée.

SAM
Jonas, mon bon ami, je ne pourrai jamais,
Feindre l’indifférence pour l’homme de ma vie ;
Enfin le repousser m’est le pire souci.

JONAS
C’est votre unique chance aussi bien que la mienne ;
Il mérite ô combien d’avoir un peu de peine.


A l’infirmerie….

SCENE III : SAM, JANET

SAM
Enfin je me vois libre, et je puis sans contrainte
De mes vives colères vous faire voir l’atteinte ;
Je puis donner passage à mes tristes soupirs ;
Je puis ouvrir mon âme et tous mes déplaisirs.
Mon père, ce chenappan, nous a bien fait marcher !
Lui et le Général se sont bien amusés !
Et Jack que je croyais plus adulte que ça,
N’a rien trouvé de mieux que d’y mêler sa joie.
Ils vont s’en repentir, tous les trois, je le jure :
Je vais leur enseigner de nouvelles tortures.

JANET
Allez, reposez-vous, Sam.

SAM
Ah ! que mal à propos
Dans un tourment si grand vous parlez de repos !
Par où sera jamais ma colère apaisée,
Si je ne puis blesser les mains qui l’ont causée ?
Et que puis-je espérer qu’un malaise éternel,
Si je laisse impunis ces trois hommes sans cervelle ?

JANET
Jack n’est pas fautif, mais l’aimez-vous encore ?

SAM
C’est peu dire aimer, Janet : je l’adore ;
Ma passion s’oppose à mon ressentiment ;
Dedans mon tourmenteur je trouve mon amant ;
Et je sens qu’en dépit de toute ma colère,
Il demeure en mon cœur et je n’y puis rien faire.
Il a commis un geste en suivant son honneur,
Voulu tuer mon père et rester grand seigneur ;
S’il a honte d’un acte et de ses conséquences,
Il devra me prouver qu’il est tout innocence.
Je le connais assez pour émettre des doutes.
Il n’est jamais dernier aux jeux de la déroute ;
Il a dû apprécier toute cette mise en scène
De la fausse querelle et de la fausse haine.
Et quoi que mon amour ait sur moi de pouvoir,
Je ne consulte point pour suivre mon devoir.

JANET
Pensez-vous le punir ?

SAM
Ah ! cruelle pensée !
Et cruelle punition où je me vois forcée !
Je le veux voir souffrir tout comme j’ai souffert :
Jonas pour m’y aider s’est montré volontaire.

JANET
Ca ne m’étonne point ; il est si pathétique,
Que son amour pour vous le rendrait héroïque !

SAM
Quoi ! il ne désire rien de plus que moi-même :
Faire se repentir le seul homme que j’aime.
Mon cœur, honteusement surpris par d’autres charmes,
Croira ne lui devoir que d’impuissantes larmes !
Il verra en Jonas un tout autre ennemi
Que l’honneur ou la gloire dont il est si épris.

JANET
Croyez-moi, Sam, vous êtes excusable
D’avoir moins de chaleur contre un objet aimable,
Contre un amant si cher : vous avez assez fait.
Alors, je vous en prie, abandonnez l’idée
De le faire souffrir, de le rendre jaloux :
Vous risquez de le perdre et de perdre beaucoup.
Ne vous obstinez point en cette humeur étrange.

SAM
Il y va de mon âme, il faut que je me venge ;
Et de quoi que nous flatte un désir amoureux,
Toute excuse est honteuse aux esprits généreux.

JANET
Mais vous aimez bien Jack, il ne peut vous déplaire !

SAM
Je l’avoue.

JANET
Après tout, que pensez-vous donc faire ?

SAM
Au nom de ma colère, pour finir mon ennui,
Je vais le tourmenter avec sa jalousie.


SCENE IV : JACK, SAM

JACK
Eh bien ! sans vous donner la peine de poursuivre,
Assurez-vous l’honneur de m’empêcher de vivre.

SAM
Janet, où sommes-nous, et qu’est-ce que je vois ?
Jack est bien ici ! Jack est devant moi !

JACK
N’épargnez point mon cœur : goûtez sans résistance
La douceur de ma perte et de votre vengeance.

Janet s’en va.

SAM
Hélas !

JACK
Ecoute-moi.

SAM
Je ne peux.


JACK
Un moment.

SAM
Partez, laissez-moi seule !

JACK
Quatre mots seulement :
Après ne me réponds que si tu le désires.

SAM
Tu n’effaceras pas ma colère de soupirs.

JACK
Ma Sam…

SAM
Je ne t’appartiens plus.
Si tu as eu ta chance, ores tu l’as perdue.

JACK
Arrête, ne dis pas ça, je vais tout t’expliquer :
Accepte seulement de vouloir m’écouter.

SAM
Alors, vas-y, parles.

JACK
Je t’aime, Sam.
Tu es mon juge, mon cœur et toute mon âme.
J’implore ta clémence si tu le peux encor,
Car, après tout, ton père n’est pas mort.

SAM
Et tu crois qu’il suffit de le savoir vivant
Pour oublier le geste que tu as fait avant ?
Tu voulais le tuer, pour l’honneur et la gloire ;
Deux sombres illusions pour une amère victoire.

JACK
Je fais ce que tu veux, mais sans quitter l’envie
De passer dans tes mains ma misérable vie ;
Je serai ton esclave pour rester ton amant.
Ne me rejette pas, pas ici maintenant.
Je peux m’agenouiller pour quérir ton pardon,
Je peux tout accepter, toutes tes conditions ;
Si j’ai commis un acte qui t’a causé douleur,
Et puis si par ma faute, tu as versé des pleurs,
Crois en mon désarroi et en mon repentir :
Je ne peux pas souffrir de t’avoir fait souffrir.
Je sais qu’on ne peut point revenir en arrière,
J’ai fait ce que j’ai fait et ne peux le refaire ;
Réduit à te déplaire, ou souffrir un affront,
J’ai pensé qu’à son tour mon bras était trop prompt
A souffler la vengeance d’une pauvre querelle,
Et en me maudissant de ne penser qu’à elle ;
Je me suis accusé de trop de violence ;
Et ta beauté sans doute pesait dans la balance,
A moins que d’opposer à tes plus forts appas
Qu’un homme sans honneur ne te méritait pas ;
Que, malgré cette part que j’avais en ton âme,
Qui m’aima généreux me haïrait infâme ;
Qu’écouter ton amour, obéir à sa voix,
C’était m’en rendre indigne et diffamer ton choix.
Je te le dis encore ; et quoique j’en soupire,
Jusqu’au dernier soupir je veux bien le redire :
Je t’ai fait une offense, et j’ai dû m’y porter
Pour effacer ma honte, et pour te mériter ;
Mais quitte envers l’honneur, et quitte envers ton père,
C’est maintenant à toi que je viens satisfaire :
C’est pour t’offrir ma vie qu’en ce lieu tu me vois.
J’ai fait ce que j’ai dû, je fais ce que je dois.

SAM
Ah ! Jack, il est vrai que quoique ton ennemie,
Je ne puis te blâmer d’avoir fui l’infamie ;
Et de quelque façon qu’éclatent mes douleurs,
Je ne t’accuse point, je pleure mes malheurs.
Je sais ce que l’honneur, après un tel outrage,
Demandait à l’ardeur d’un généreux courage :
Tu n’as fait le devoir que d’un homme de bien ;
Mais aussi, le faisant, tu t’es joué du mien.
Que dire d’une joute entre deux vieux amis
Qui put tourner au drame et à l’ignominie ?
Ont-ils même eu conscience de la portée des mots ?
Et de toutes les peines qui leur faisaient écho ?
Ils se sont bien moqués de nos ressentiments ;
Des doutes engendrés par tous leurs jeux d’enfants ;
Jamais pris la mesure des justes conséquences,
Qu’ils ont mis en péril les bases de l’alliance.
Si je dois gourmander quelqu’un bien avant toi,
Mon père et Hammond vont y avoir droit !
J’eusse pourtant aimé que tout soit plus facile,
Et que nos sentiments soient un peu moins fragiles ;
Dès les premiers orages, nous avons pris la pluie,
Il ne me reste rien des promesses enfuies :
Ni ton cœur, ni ton âme, à mon corps défendant,
Non, je n’ai plus pour toi le moindre sentiment.


JACK
Plutôt que de te perdre, je préfère mourir !


SAM
Oh ! tu ne mourras point, tu vas juste souffrir.

JACK
Tu veux me faire croire que tu ne m’aimes plus ?
Je ne serai jamais ton amoureux déchu ;
Je ne te laisserai jamais nous faire cela,
Je t’aime trop, ma Sam, à en mourir pour toi.
Allons, regarde-moi, regarde dans mes yeux,
Dis-moi que tu me hais, dis-moi que tu m’en veux.

SAM
Mais je ne te hais point.

JACK
Tu pourrais.

SAM
Je ne puis.
Toi qui fut mon amant, tu restes mon ami.

JACK
Non, ne fais pas ça !

SAM
Je le fais.

JACK
Mais pourquoi ?

SAM
C’est une chose, mon ami, que tu sais comme moi :
Il y a un temps pour tout, le nôtre est révolu ;
Je t’ai aimé sûrement mais je ne t’aime plus.

JACK
Laisse-moi t’embrasser, te prouver par tes lèvres,
Que tu ressens pour moi toujours la même fièvre ;
Je n’abandonnerai pas sans combattre tes sens ;
Si tu ne veux l’amour, tu auras la jouissance
De ton corps apaisé, blotti contre le mien.
Alors, tu pourras dire que tu ne ressens rien.

SAM
En place d’amitié, tu auras mon mépris.

JACK
C’est assez pour l’amour que tu as ressenti.

SAM
A quelles extrémités nos courroux nous exposent !
Si mon corps t’appartient, mon esprit s’y oppose :
Je ne puis plus t’aimer, cela me fait trop mal.

JACK
Laisse-moi t’emmener visiter mes étoiles.

SAM
C’est bien, tu as gagné !

JACK
A quoi te résous-tu ?

SAM
A oublier pour toi mon ultime vertu.
Oh, Jack ! qui l’eût cru ?

JACK
Oh, Sam ! qui l’eût dit ?

SAM
Je t’offre une dernière chance de partager mon lit.

JACK
Et cela sans amour, pour me dire adieu ?

SAM
N’en demande point trop et prends ce que je veux.

JACK
Je prends ce qu’on me donne mais jamais sans le cœur ;
Je t’aime comme un homme, comme un homme d’honneur :
Si je n’ai pas ton âme, je ne veux point ton corps,
Donne-le à Jonas, si lui en veut encore.

SAM
Il en a bien voulu avant que tu ne viennes,
Avec ton beau discours et tes excuses vaines.
Il a pris sans remord ce que je lui offrais,
Et il m’a fait l’amour, Jack, comme tu en rêvais.

JACK
Non, tu n’as pas pu.

SAM
Veux-tu quelque témoin ?
Janet ou même Anise le savent mieux que bien.

JACK
Je vais m’en enquérir auprès d’elles de ce pas.

SAM
Vas, Jack, vas et ne me reviens pas.


Au mess…

SCENE V : HAMMOND

Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse :
Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse ;
Toujours quelques soucis en ces évènements
Troublent la pureté de nos contentements.
Vous savez tous ici de quoi je sens la crainte :
Une plaisanterie a de fâcheuses atteintes :
Mon second me méprise quand le sien le gourmande ;
Le Président aussi me met fort à l’amende ;
Je dois, ici devant, vous parler de l’affaire
Dont deux pauvres victimes font les frais honoraires.
Ainsi donc tout à l’heure, tout est parti d’un mot,
Un mot plus haut qu’un autre et un geste idiot ;
C’était une querelle entre deux vieux amis,
Un anodin discord aux effets inouïs.
Aux questions de vengeance, comme aux questions d’honneur,
Un seul malentendu provoque le malheur ;
Et si le Colonel a blessé le Tok’ra,
Ce n’est point de sa faute mais de ma faute à moi :
J’ai pris d’un peu trop haut la légitimité
Du poste qu’il venait de m’être accordé,
En vertu des services rendus à ma Nation.
J’ai cru que jalousie rimait avec raison.
Mon vieil ami Jacob me tançait de bravoure ;
Et je n’ai vu qu’offense où n’était que l’humour,
D’un brave parmi les braves, un soldat toujours prêt,
Alors que mon grand âge déjà me condamnait
A porter l’estocade par bras interposé.
Mon orgueil a parlé ; le Colonel l’a fait.
Il a choisi l’honneur au dam des sentiments ;
Pour elle, désormais, il n’est qu’ancien amant.
Elle, c’est son Major, la fille de mon ami :
Il a voulu la mort du père de sa mie.
Comprenez-vous alors que je sois devant vous
Un humble misérable qui se repend de tout ?
Si Jacob n’est pas mort, il le doit à Selmak ;
Mais si je vis encore, je ne le dois qu’à Jack.
Il a pris ma défense plus souvent qu’à son tour ;
Il a même sacrifié, pour moi, son amour.
Je quémande votre aide, non comme Général,
Je voudrais m’acquitter d’une dette morale :
Plus tard, j’aurais l’enfer qui expiera mes fautes
Mais je veux qu’un hymen conclue ma fausse note ;
En deux mots comme en cent, je compte sur vous tous
Pour mettre à cette affaire une conclusion douce.


Dans le bureau d’Hammond….

SCENE IV : JACK, HAMMOND

HAMMOND
Jack ! enfin le ciel permet que je vous voie !

JACK
Hélas !

HAMMOND
Je connais ce soupir et son pourquoi.
Laissez-moi vous le dire, vous êtes un bon soldat :
Vous n’avez obéi qu’à un ordre à la fois.
Faisant fi de la flamme qui vous brûlait le corps,
Vous avez, pour l’honneur, voulu venger mes torts ;
Il me faut l’avouer, tout n’est né que d’un test,
J’ai voulu éprouver la valeur de vos gestes,
Et de votre courage repaître mes faiblesses.
Oui, vous m’avez vengé, mais qu’est-ce que je vous laisse ?
D’une simple querelle, vous avez tout perdu :
Un avenir glorieux, un amour éperdu ;
Sam vous pardonne-t-elle ?

JACK
Non, Monsieur, c’est fini.

HAMMOND
Qui finit ? Qui commence ? n’a-t-elle donc rien compris ?

JACK
Elle sait les contingences, les devoirs et le jeu ;
Mais son cœur n’est de moi plus vraiment amoureux.
Elle a pris comme excuse sa colère envers moi
Pour détourner son cœur de sa première voie ;
Elle reniait mon amour, me parlait d’amitié,
Puis elle m’offrait son corps quand je lui refusais.
Je ne sais plus que faire, je ne sais plus que dire ;
Dieu sait que j’ai souffert de la voir tant souffrir !
Mais sitôt mon forfait eut été accompli
Qu’elle mettait un autre à l’abri de son lit :
Elle a donné à Quinn l’offrande de son corps ;
Il en a profité, s’il n’en abuse encore.

HAMMOND
Ce que vous m’apprenez ajoute à ma tristesse :
Où s’en vont donc les femmes quand s’use leur tendresse ?
Je croyais que vos liens dureraient assez loin
Pour supporter les haines et palier les chagrins ;
Je m’accuse à présent de n’avoir deviné
Qu’une brêve tempête ait pu les dénouer.
De votre grand malheur, je suis seul responsable,
J’ai pris dedans vos cœurs les élans admirables
De la passion et de l’amour.

JACK
Point trop n’en faut.

HAMMOND
Je vous suis débiteur de chacun de vos maux.

JACK
Vous ne pouviez savoir, au début de la trame,
Comment réagirait le soldat ou la femme ;
Le Major acceptait les affaires d’honneur,
Quand la femme reniait les affaires de cœur.
Et ni vous, ni Jacob, ni encore moins moi-même
Ne sommes partisans des femmes que l’on aime :
On les aime pour elle, leur liberté de choix ;
Et si j’aime encor Sam, elle ne veut plus de moi.
En choisissant Jonas, elle a choisi sa vie ;
Je me satisferai de rester son ami.

HAMMOND
Cessez vos gérémiades et vos bons sentiments !
Est-ce que son amitié vous comblera vraiment ?
Je vous ai vu timide, je vous ai vu battant,
Luttant pour son bonheur contre tout règlement ;
Vous battiez les campagnes pour lui sauver la vie,
Souleviez des montagnes pour qu’elle vous sourit ;
Vous aviez pris son cœur sur un simple bonjour.

JACK
Je me trompais alors, ce n’était pas l’amour.

HAMMOND
Ce n’était que désir ? Ce n’était qu’attirance ?
Alors, dites-moi, Jack, d’où vous vient la souffrance
De la voir reposer entre les bras d’un autre.


JACK
La souffrance m’est due par un mauvais apôtre :
Il s’est dit notre ami afin de la séduire,
Et de la consoler, et de la dévêtir ;
A mon moindre faux pas, il en a profité
Pour glisser dans les draps de celle que j’aimais.

HAMMOND
Et vous ne faites rien, vous acceptez l’ignoble ;
Combattez sa vertu, elle vous rendra plus noble :
Allez la retrouver, allez sonder son âme,
Je connais le Major et je connais la femme :
Son cœur ne peut jamais se diviser en deux.
Jonas est sa vengeance, et vous êtes ses yeux ;
Elle qui vous sait jaloux en a pris son parti,
Pour toute sa souffrance, elle vous a puni.
Ne cherchez pas plus loin la raison de son choix :
Elle s’est servi de lui.

JACK
Mais elle ne m’aime pas !

HAMMOND
Oh que si, elle vous aime ! et bien plus que l’aveu
Qu’elle en pourrait faire si elle croisait vos yeux.
Mais las, de ce tourment, il n’est pas que question :
Je vous ai fait mander pour une autre raison.
Vous êtes, Colonel, le meilleur de l’armée,
Or, les Goa’Ulds vont bientôt arriver :
Ils cachent derrière la Lune, quelques trente vaisseaux.
Anubis veut danser sur votre seul tombeau.

JACK
Je reconnais bien là son esprit dérangé !
Il en veut à un homme et déploie ses armées !

HAMMOND
L’heure est à l’alerte, la Terre est menacée :
La planète entière compte sur le SGC.
Ne nous trahissez pas.

JACK
Jamais je n’ai failli.
J’ai toujours combattu et toujours bien servi
Mon peuple avant moi-même, ma Terre avant mon cœur :
Mes disputes intimes n’entrent pas en ces mœurs.

HAMMOND
Je peux compter sur vous et sur toute l’équipe ?
Vous ne ferez qu’un seul pour tuer ce sale type ?
Est-ce que dans votre union on sentira la force ?
Et êtes-vous sûr, Jack, qu’il n’y ait de divorce
Entre chacun de vous, sachant ce qui l’anime ?

JACK
Je ne puis me montrer pour nous tous magnanime.
Mais s’il y a un combat, l’ennemi nous rassemble,
Et ce si grand péril, nous le vaincrons ensemble.
Je ne laisserai pas périr qui que ce soit ;
C’est mon engagement et c’est ce que je dois.

HAMMOND
Laisseriez-vous la vie pour qu’on sauve Jonas ?

JACK
S’il le faut, Général, je mourrai à sa place.

HAMMOND
Et vous souhaitez mourir, n’est-ce pas, Colonel ?

JACK
La vie ne me dit rien si je la vis sans elle.



ACTE IV

Dans la chambre de Sam…

SCENE PREMIERE : SAM, JANET

SAM
N’est-ce point point un faux bruit ? Le savez-vous, Janet ?

JANET
Il faut que vous partiez. Mais en êtes-vous prête ?
Un péril nous menace, bien plus grand qu’autrefois :
Vous reprenez les armes,vous partez au combat.
Je sais ce qu’il vous coûte de cotoyer l’amant
Que votre cœur n’oublie si votre esprit dément ;
Combattre à ses côtés et craindre pour sa vie,
Endurer les tortures qu’impose votre esprit :
Vous ne ferez plus qu’un pour vaincre Anubis.

SAM
C’est le sort qui s’acharne à se faire complice
Du tourment qui m’agite et de tous mes dilemmes :
Je vais devoir m’allier au seul homme que j’aime ;
En dépit des rancoeurs, je ne puis que l’admettre :
Lui seul est mon seigneur et mon unique maître.

JANET
Allons, dépêchez-vous !

SAM
Le temps presse ? ils m’attendent ?

JANET
Allez bâtir ensemble les murs de votre légende.


Dans les couloirs de la base…

SCENE II : ANISE, SAM, JACK

ANISE
Je ne viens pas ici consoler vos douleurs ;
Je viens plutôt mêler mes soupirs à vos pleurs.

SAM
Vous ne savez donc rien ? le temps n’est plus aux larmes :
La Terre est menacée, on a donné l’alarme ;
J’allais me préparer à partir au combat,
SG1 doit m’attendre, je dois hâter mon pas.

ANISE
Je le sais, mon amie, et je pars avec vous ;
La Tok’ra vous épaule pour combattre ce fou.

SAM
Et mon père vient aussi ?

ANISE
Cela est préférable.

SAM
Alors la situation va m’être inconfortable.
Un amant, un ami, et mon père au milieu :
Ca ne dit rien qui vaille à mon cœur malheureux.

Elles devisent en marchant.

ANISE
N’ayez donc point de crainte, ce sont de bons soldats,
Pour lesquels le devoir prime sur les émois ;
Ils connaissent l’enjeu, les dangers, les raisons,
Ils ne sauront souffrir d’aucune trahison ;
Leurs armes vont s’unir en dépit de leurs cœurs,
Et ils feront l’impasse de dessus leurs rancoeurs.

SAM
Tant qu’ils n’auront de cesse de ne plus voir en moi
La fille ou la maîtresse, seulement le soldat
C’est vrai, tout ira bien.

ANISE
Ne vous inquiétez plus.
Seul le combat dissipe tous les malentendus ;
De cette sombre affaire, il ne sera question,
Au nom de votre Terre et au nom de l’Union.

SAM
Serez-vous près de moi dans le cœur du combat ?
Me protègerez-vous d’un possible trépas ?

ANISE
Je donnerai ma vie s’il faut sauver la vôtre,
Je le donnerai même contre celle des autres ;
Je me porte garante de votre sauvegarde
Dans les affres du sort où le mâlin s’attarde :
Vous aurez les lauriers que mérite votre âme,
Et vous aurez l’amant que mérite la femme ;
Je vous rendrai l’amour de ce fier Colonel,
Victime comme vous, d’une simple querelle.

SAM
Je ne sais que vous dire ?

ANISE
Alors ne dites mot.

SAM
Votre amitié me touche et tarit mes sanglots ;
Vous balayez mes doutes avec tant de bonté ;
Votre âme est généreuse, votre cœur pureté.
N’avez-vous de défauts ? êtes-vous si parfaite ?
N’avez-vous quelque amour que l’humeur s’en inquiète ?

ANISE
Ah ! si vous saviez ! si vous saviez ma peine :
J’ai l’amour malheureux et les humeurs malsaines.
Je ne suis point parfaite car j’aime sans être aimée ;
Quand j’attends son amour, il me rend l’amitié,
Et je sais son cœur pris par une autre que moi.
J’ai voulu le résoudre à modifier son choix :
J’ai tenté par mes lèvres d’animer son désir,
Mais il m’a repoussée, tout à son déplaisir.

SAM
Cet homme, que vous aimez, est indigne de vous,
Car pour vous refuser, il se doit être fou !

ANISE
Non, son esprit est si pur qu’on y lit au-dedans.
Il est beau, il est fort et doit être bon amant,
Enfin, tant je suppose ce que je sais de lui.
Ah, Sam ! si vous saviez !

SAM
Dites-moi qui.

ANISE
Je ne peux.

SAM
J’insiste.

ANISE
Vraiment, je ne peux pas.

SAM
Dites-moi, mon amie, expliquez-moi pourquoi.

ANISE
Parce que l’homme que j’aime est…

JACK
Ah ! mesdames, enfin !
Alors, quel est donc ce discours qui vous retient ?

ANISE
Nous parlions de l’amour.

JACK
Savez-vous ce qu’il est ?
Et combien il fait mal quand il est rejeté ?
Mais il n’est point d’amour où nous allons nous rendre :
Aussi, pressez le pas. Me suis-je bien fait comprendre ?

Puis il s’en va.

Après la bataille, dans la salle de briefing…

SCENE III : JACK, HAMMOND, DANIEL, TEAL’C, JONAS, GWB

GWB
Pour vous récompenser ma force est trop petite ;
Et j’ai moins de pouvoir que vous tous de mérite.
La planète est sauvée d’un si rude ennemi,
Qu’elle vous honore tous et qu’elle vous remercie.
Vous devenez nos Cid, nos héros, nos seigneurs,
Et je vous envie presque d’avoir autant d’honneurs.
Tous ceux que le devoir à mon service engage
Ne s’en acquittent pas avec même courage ;
Et lorsque la valeur ne va point dans l’excès,
Elle ne produit point de si rares succès.
Souffrez donc qu’on vous loue, et de cette victoire
Apprenez-moi plutôt la véritable histoire.

JACK
Monsieur, vous avez su qu’en ce danger pressant,
Qui jeta sur la Terre un effroi si puissant,
Une troupe d’amis chez Jacob assemblée
Sollicita mon âme encor toute troublée…
Mais, Monsieur, pardonnez à ma témérité,
Si j’osai l’employer sans votre autorité :
Le péril approchait ; leur brigade était prête ;
Nous devions avancer pour contrer la conquête.

GWB
Je comprends. Poursuivez.

JACK
Sous moi donc cette troupe s’avance,
Et porte sur le front une mâle assurance.
Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant à bord.
Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
Les plus épouvantés reprenaient du courage !
J’en cache les deux tiers, aussitôt qu’arrivés,
Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés ;
Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure,
Brûlant d’impatience autour de moi demeure,
Se couche contre sol et, sans faire aucun bruit,
Passe une bonne part d’une si belle nuit.
Par mon commandement la garde en fait de même,
Et se tenant cachée, aide à mon stratagème ;
Et je feins hardiment d’avoir reçu de vous
L’ordre qu’on me voit suivre et que je donne à tous.
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ; […..]
O combien d’actions, combien d’exploits célèbres
Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres,
Où chacun, seul témoin des grands coups qu’il donnait,
Ne pouvait discerner où le sort inclinait !
J’allais de tous côtés encourager les nôtres,
Faire avancer les uns, et soutenir les autres,
Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour,
Et ne l’ai pu savoir jusques au point du jour.
Mais enfin sa clarté montre notre avantage :
Anubis voit sa perte et perd soudain courage ;
Et voyant un renfort qui nous vient secourir,
L’ardeur de vaincre cède à la peur de mourir.
Ils courent dans les vaisseaux, ils en coupent les câbles,
Poussent jusques aux cieux des cris épouvantables,
Font retraite en tumulte, et sans considérer
Si leur Dieu avec eux a pu se retirer. [….]
On a vu les Jaffas, engagés parmi nous,
Et quelque peu des leurs, tous percés de nos coups,
Disputent vaillamment et vendent bien leur vie.
A se rendre moi-même en vain je les convie :
Le cimeterre au poing, ils ne m’écoutent pas ;
Mais voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats,
Et que seuls désormais en vain ils se défendent,
Ils demandent le chef : je me nomme, ils se rendent.
Anubis, esseulé, a mangé son serpent ;
Et le combat cessa faute de combattants.


Dans le bureau d’Hammond…

SCENE IV : HAMMOND, TEAL’C, DANIEL

DANIEL
Excusez-moi mais Sam souhaite vous entretenir.

HAMMOND
C’est bon, je me tiens prêt, laissez-la donc venir.

TEAL’C
Désirez-vous qu’on reste vous aider, Général ?
Le Major est colère, elle vous veut du mal.

HAMMOND
Ne vous en faites pas, Teal’c, telle que je la connais,
Elle va tempêter et sitôt se calmer.
Mais je sais que mon heure va m’être difficile
Avant que ses humeurs lui reviennent tranquilles.

DANIEL
C’est comme vous voulez, Général, on vous laisse…

HAMMOND
Allez-y, mes amis, faites entrer la tigresse !


SCENE V : HAMMOND, SAM

SAM
Puis-je ici me permettre de parler librement ?

HAMMOND
Major, je sais l’ampleur de vos ressentiments.

SAM
Si vous savez ma peine, vous en savez la cause :
Est-ce qu’une querelle vous rappelle quelque chose ?

HAMMOND
Je crois m’en souvenir mais tout cela est flou.

SAM
Mon père et vous, Monsieur, vous êtes joué de nous !
Le Colonel et moi n’avions rien demandé ;
Nous n’osions même pas partager nos baisers ;
Et quelque fut l’amour dont nos cœurs se sont pris,
Nous l’avons muselé : il était interdit.
Mais au fil des années comme au fil des missions,
Nos yeux se sont parlés d’amour et de passion.
Puis les mots sont venus et les aveux avec ;
Nous ne craignions ni Cour et ni échec ;
Mais je sais maintenant que nous avons eu tort.

HAMMOND
Malgré tout, malgré nous, vous vous aimez encore.

SAM
Oui, mais tout est fini et j’ai un autre amant.

HAMMOND
Allons, je n’en crois rien.

SAM
Mais j’en ai un pourtant.

HAMMOND
Il ne fait aucun doute que Jonas vous aime :
Il me l’a avoué bien avant qu’à vous-même ;
Vous vous vengez de Jack grâce à sa jalousie,
En lui laissant penser Jonas dans votre lit ;
La vengeance vous est douce ? êtes-vous plus heureuse ?
Le savoir malheureux vous rend il plus radieuse ?
D’autant que je sais bien que jamais un Jonas
N’émouvra votre coeur ou ne prendra la place
Que Jack y avait pris.

SAM
Et qu’il a délaissé
Pour laver votre honneur d’une offense insensée.


HAMMOND
Il n’y eut d’autre offense que mon orgueil malade ;
Que l’âge d’un Général est mauvais camarade !
Maintenant, mon enfant, je vous prie de tout cœur
De pardonner mes fautes qui vous ont fait malheur.

SAM
Je vous pardonnerai si je retrouve un jour
La force de trouver Jack, de recouvrir l’amour :
Il faut que je lui dise que Jonas ne m’est rien ;
Que chacun de mes jours loin de lui est bien vain ;
Qu’il demeure en mon âme le plus doux des tourments,
Et qu’il reste pour moi le meilleur des amants.

HAMMOND
Courez lui dire, Sam, et suivez ce conseil :
De tout renoncement peut naître quelque merveille ;
Comme tout acte franc, il n’est point de caprice
Qu’un aveu aussi doux n’efface les préjudices.

SAM
Savez-vous où est Jack ? où je puis le trouver ?

HAMMOND
A mon avis, Major, il est dans ses quartiers.


Dans les quartiers de Jack…

SCENE VI : JACK, SAM

SAM
Jack !

JACK
Que veux-tu ? ne m’as tu point assez troublé ?

SAM
J’aimerais te parler. Est-ce que je peux entrer ?

Il ouvre la porte. Elle entre.

JACK
Qu’as-tu donc à me dire qui ne soit si urgent ?

SAM
Je t’ai menti tantôt, Jack, sur mes sentiments.
Jonas n’est rien pour moi, ne l’a jamais été ;
Il n’a pas vu mon corps, ne l’a pas possédé ;
Je n’eus jamais permis à un autre que toi
De goûter mes baisers, de me prendre dans ses bras.
J’avais le cœur vaillant à te tenir rancune ;
J’ai pris ta jalousie pour offrande opportune.

JACK
Mais tu…

SAM
Non, mon cœur, s’il te plaît, laisse-moi finir :
Je t’aime tellement que j’en ne puis dormir ;
Je t’aime à condamner les subtiles errances
Où nous avons souffert par acquit de vengeance ;
Nous avons mis nos âmes en danger d’irraison,
Parce que nous avions peur du fruit de nos passions.
Les offenses d’honneur, les pardons impossibles
M’ont rendu bien des jours et des nuits si horribles
Que même notre victoire a eu un goût amer :
A quoi bon les lauriers si un jour je te perds !

JACK
Es-tu bien sûre, Sam, de tout ce que tu veux ?
Vois-tu, j’en ai assez des troubles amoureux.
Je ne suis un pantin qu’on mène à sa guise,
Et ne suis pas à l’aise dès lors qu’on me déguise
Les sentiments réels que l’on ressent pour moi :
J’ai subi trop d’outrages pour mon cœur en émoi.
Je ne demande qu’à croire en cette confession
Si tu peux m’assurer qu’elle n’est pas qu’illusion :
J’ai peur de me méprendre et de souffrir encore ;
Car je veux tout de toi, et ton âme, et ton corps.

SAM
Je te donne ma vie, ici même, sans attendre ;
Tu peux la refuser ou au contraire la prendre :
Je suis tienne aujourd’hui et le serai demain,
Tu es mon devenir et mon plus beau destin.

JACK
Alors, viens, mon amour, tu ne m’as pas perdu :
Je vais prendre ton âme, on a trop attendu ;
Nous allons nous unir après tellement de peines,
Puis nous célèbrerons notre heureux hymen.



FIN



Youpi ! ! ! J’ai enfin fini ! 3 jours…3 jours à ne parler qu’en alexandrins et à ne quitter mon écran que pour aller manger ! C’est pas une vie, ça ! ! ! Mais n’est visiblement pas Corneille qui veut… ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
J’espère néanmoins que cela vous a plu…c’était bizarre, hein ? ? ? Les commentaires seront les bienvenus !

Petit lexique des mots de vieux français utilisés :

Hymen, hyménée : mariage.
Amant : amoureux (rien de sexuel).
Déplaisir : désespoir, chagrin.
Ennui : désespoir, vive affliction.
Feu : ardeur.
Encor : encore. Dans l’ancien français, les deux orthographes se cotoyaient.



SALUT !

cocoon2701
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